janvier 26, 2012

Les archives de la géopoétique

Publié dans Poésie, Réflexion tagged à 11:33 par Mnemosyne

En complément de l’entretien avec Kenneth White publié dans le dernier n° de La Gazette des archives (Varia, n°223, 2011), je reproduit ici le texte de préparation d’une séance de l’atelier de Christian Hottin et de Yann Potin sur la collecte des archives, durant laquelle j’avais évoqué ce sujet (École nationale des Chartes, juin 2009). La fin du texte n’est pas rédigée mais elle renvoie au contenu de l’entretien lui-même.

Je ne vais pas présenter le point de vu d’un collecté ou d’un collecteur mais le regard d’un archiviste sur un écrivain qui a décidé de déposer ses archives à l’IMEC en en faisant au préalable lui-même le classement.

Présentation de Kenneth White

Kenneth White est un poète et penseur d’origine écossaise né en 1936, qui a choisi comme lieu de résidence la Bretagne après des études de lettres et de philosophie à Glasgow et à Munich et après avoir vécu à Paris puis à Pau. Il habite à Trébeurden près de Lannion, sur la côte nord de la Bretagne depuis plus de 20 ans. Il est l’auteur d’une œuvre importante : une trentaine d’ouvrages personnels et une centaine de livres auxquels il a participé : ouvrages d’artistes, entretiens, préfaces… Son œuvre a été récompensée par nombreux prix (dont le grand prix du rayonnement français de l’Académie française) et est traduite dans de nombreuses langues.

Il est difficile de résumer les tenants et aboutissants de son œuvre en quelques mots… On peut dire qu’elle puise dans les diverses branches du savoir : la littérature, l’art, la philosophie, les sciences naturelles et humaines, les sagesses orientales… A la recherche d’un nouveau rapport de l’homme au monde. Il est un poète, au sens large qu’on peut donner à ce mot : quelqu’un à la recherche d’un langage universel. Il part du principe que toute culture est partielle mais qu’il existe un tel langage universel. Malgré la multiplicité des cultures, ce langage trouve un foyer commun dans l’ancrage de l’homme avec la nature. Pour Kenneth White, la nature est le seul lien indéfectible qui unit les hommes, contrairement aux divers autres liens (sociaux, religieux, politiques) qui varient à travers les âges et les sociétés. Il y a pour lui dans chaque culture une présence de ce lien à la nature, dans divers productions intellectuelles (littéraires, artistiques, scientifiques) et il convient pour lui de le rappeler ; c’est du moins la tâche qu’il s’est assigné en tant que poète. Kenneth White a inventé un terme pour désigner cette approche : la géopoétique.

Ses œuvres, rédigées dans sa langue maternelle et en français (traduites par sa femme, d’origine française) se déclinent en trois principaux genres :
- des poèmes (en prose ou en haïku) : un recueil est paru dans la collection Poésie de Gallimard en 2007, intitulé Un monde ouvert, anthologie personnelle ;
- des essais ; comme sa thèse : L’esprit nomade qui a été rééditée dans la collection le livre de poche en 2008 ;
- et ce qu’il appelle des « way books » ou « livres du chemin », dans lesquels il prend pour thème général un voyage, par exemple : Le rodeur des confins, publié chez Albin Michel en 2006.

Ses influences littéraires sont multiples et variées, et K. White aime à en parler dans ses essais, par exemple dans Les affinités extrême (paru en février 2009) où il fait une lecture admirative de Rimbaud, Victor Segalen, André Breton, Emil Cioran… Bien qu’il ait professé à Paris dans des grandes universités (Paris 7 et la Sorbonne), Kenneth White n’a jamais été rattaché à une institution en particulier, étant par nature ce qu’il appelle un « nomade intellectuel ». Néanmoins, il a créé il y a quelques années un institut, dénommé l’Institut de géopoétique, dont le siège social se trouve chez lui, en Bretagne. Cet institut a des antennes dans des pays francophones du monde entier et il a émet périodiquement un bulletin : les Cahiers de géopoétique (Isolato).

Ma rencontre avec K. White et l’entretien au sujet des archives

J’ai été amené à rencontrer Kenneth White  au mois d’août 2008, lors de mes congés que je passais  en Bretagne. J’ai connu Kenneth White grâce à un ami qui, sachant que j’apprécie ses livres, m’a invité à prendre contact avec lui. Nous avons échangé quelques mails et un jour il m’a parlé spontanément de ses archives. Sachant que je suis archiviste, il m’a invité à venir lui rendre visite chez lui avant que tous ses documents partent à l’IMEC. Je n’ai pas enregistré nos échanges lors de ma visite chez lui et de nombreux points qui ont été abordés dans la discussion de façon informelle ne se retrouvent pas dans notre entretien réalisé par la suite.

A priori la question de la collecte se rapporte à la première partie de l’entretien, mais ne sachant pas que j’allais en parler lors de cet atelier je n’ai pas posé de question ayant directement trait à cette question. Néanmoins plusieurs questions abordent indirectement la collecte.  Tout d’abord la question des archives n’est pas une question qui s’est posé tardivement pour KW, au contraire, il se l’est posé très tôt, dès ses premiers écrits. Il a confié ses premiers manuscrits à la Bibliothèque nationale d’Écosse il y a plus de vingt ans, un dépôt existe donc depuis longtemps à Édimbourg. Plus tard, à la suite de son installation dans les Pyrénées-Atlantiques, grâce à l’initiative d’une universitaire de Bordeaux dénommée Michèle Duclos, un fonds documentaire (articles de lui et sur lui, thèses et mémoires, enregistrements de ses cours et conférences, etc.) fut constitué à la bibliothèque universitaire de Bordeaux, qui fut par la suite transféré, pour une meilleure gestion et plus de facilité d’accès, à la bibliothèque municipale de la ville. Ce fonds a été transféré récemment à l’IMEC pour former un tout cohérent.

Suite de l’exposé (notes) :

La préparation de l’entretien en trois parties
1)    Le fonds Kenneth White à l’IMEC
2)    Le goût de l’archive et du patrimoine
3)    L’usage des archives par K.W.

La question du lieu et de l’espace
1)    la proximité géographique de l’IMEC
2)    la répartition des archives dans l’espace
3)    la question des bibliothèques et l’appartement d’André Breton (cf. Les affinités extrêmes)

La place de l’archives dans l’imaginaire créatif littéraire
1)    l’omniprésence de l’archive chez KW
2)    le faux : la construction d’archives (cf. Robbe Grillet)
3)    l’archive : un « topos » littéraire (cf. Lettres de Gourgounel)

Questions liées à l’archivage
1)    préparation par K.W. : deux phases, distinctions (phases des œuvres, langues, doc précieux)
2)    Des particularités : l’archivage des mails (avantage et inconvénients)
3)    Les documents conservés (lettres)

En guise de conclusion : la métaphore des cailloux posés sur les manuscrits.

Illustration : dossiers dans l’atelier de Kenneth White © Serge Picard.

novembre 30, 2011

A propos d’un essai de Jean-Pierre Vernant

Publié dans Réflexion à 1:54 par Mnemosyne

Quels sont les traits caractéristiques de la mémoire en Grèce archaïque (entre le Xème et VIIème siècle avant Jésus-Christ) ? Comment cette mémoire se manifeste-t-elle et qui en a la responsabilité ? Quels sont ses liens avec la constitution d’une « mémoire historienne » occidentale ? Telles sont les interrogations de Jean-Pierre Vernant dans un court essai intitulé « Histoire de la mémoire et mémoire historienne », qui se trouve dans son dernier ouvrage publié de son vivant : La traversée des frontières1. Abordant ces questions dans une perspective de psychologie historique, Vernant explique le processus qui a conduit d’une mémoire religieuse à une mémoire laïque, d’une mémoire orale chantée par des poètes, à une mémoire écrite compilée dans des écrits et emmagasinée au sein de grandes bibliothèques et dépôts d’archives.

La mémoire en Grèce archaïque

« Généalogie, filiation, liens de parenté, mariage, propriétés, cadastre, règles institutionnelles, rien ne repose sur des attestations écrites, tout fait référence à une tradition orale que certains personnages, mémoire vivante de la collectivité, peuvent avoir la charge de conserver et de transmettre2».

En Grèce archaïque, seuls de rares élus, qui ont reçu un don de voyance, incarnent le pouvoir d’évocation de la mémoire collective. Ces élus capitalisent en leur personne « tout ce dont le groupe, pour demeurer lui-même, doit maintenir le souvenir3 ».  Qui sont ces élus garant de la mémoire collective ? Ce sont les aèdes, des poètes-chanteurs qui « emmagasinent, sous forme de récits chantés, la somme des savoirs qui constituent, pour les vivants, l’horizon commun d’où ils tirent leurs origines4 ». Le pouvoir d’évocation de la mémoire collective passe par une invocation à Mnémosyne, divinité de la mémoire, qui offre aux aèdes l’omniscience ; la présence directe aux évènements passés. Homère est l’exemple le plus connu de ces poètes, qui, inspirés par le divin, explorent et exposent par leurs chants les domaines invisibles à l’homme : les anciens temps, les héros, les dieux, les origines.

Ainsi que l’explique Jean-Pierre Vernant dans un entretien avec Pierre Vidal-Naquet et François Hartog5, à côté de la mémoire collective des aèdes, il existe une mémoire individuelle qui a davantage une fonction mystique. Cette autre mémoire n’a pas pour but d’établir une cohésion culturelle ou sociale en tissant les liens du passé avec le présent. S’exerçant dans les milieux fermés des sectes ou des confréries religieuses, elle est liée à des exercices spirituels et corporels proches des exercices des religions et sectes orientales (contrôle du souffle…). Pratiqué par des « hommes divins » comme Pythagore ou Empédocle, cet ascétisme vise une union mystique de l’individu avec le divin. L’objectif de cette mémoire n’est pas « d’organiser le passé, mais de sortir du temps, d’arriver à un état où, précisément, la temporalité n’existe plus6».

Inscription et laïcisation de la mémoire au VIIème siècle

Jean-Pierre Vernant date le tournant de ces pratiques religieuses et élitistes de la mémoire vers une pratique laïque et partagée par tous aux alentours du VIIème siècle avant Jésus-Christ, date à laquelle les hommes « commencent à rédiger leurs lois, et à les inscrire de telle sorte qu’elles soient présentes la vue de tous ; [ils vont] tenir des archives et les conserver avec soin7». Avec l’avènement du document, la mémoire collective, jusqu’alors réservée aux seuls aèdes, devient l’affaire de tous : « toutes les productions intellectuelles, littéraires, philosophiques, scientifiques, médicales, techniques, vont être rédigées, textualisées, stockées et transmises sous formes de rouleaux de papyrus, alignés côte à côte dans les bibliothèques8».

Cette mémoire compulsée, conséquence du passage d’une culture de la parole à une culture écrite, constitue un des socles de l’avènement de la polis3 : « C’était la parole qui formait, dans le cadre de la cité, l’instrument de la vie politique ; c’est l’écriture qui va fournir, sur le plan proprement intellectuel, le moyen d’une culture commune et permettre une complète divulgation des savoirs préalablement réservés ou interdits9». La mémoire collective, auparavant diffusée par l’effet d’une grâce divine par les aèdes, est remplacée par des techniques accessibles aux communs des mortels.

Avènement de la mémoire historienne

Évoquant l’évolution des conditions d’exercice et du champ d’application de la mémoire depuis sa laïcisation jusqu’à l’apparition de l’imprimerie, Vernant souligne deux nouveautés décisives pour la mémoire aux temps modernes : l’avènement du sujet (avec les Confessions de Saint-Augustin) et la constitution de la science historique.

« Pour cette mémoire historienne, tout évènement passé, tout ce qui s’est produit dans le temps, relève d’une approche scientifique, d’une reconstruction critique. C’est tout le passé humain, historique, préhistorique, et, au-delà, celui du monde terrestre et du cosmos dans son ensemble qui est traité comme objet de connaissance désintéressée, de pur savoir, le travail de mémoire n’ayant pas d’autre fin que la vérité10».

Mémoire historienne célébrée au 19ème siècle par Ernest Renan dans l‘Avenir de la science :

« Une langue ancienne et souvent inconnue, une paléographie à part, une archéologie et une histoire péniblement déchiffrées, voilà certes plus qu’il n’en faut pour absorber tous les efforts de l’investigateur le plus patient, si d’humbles artisans n’ont consacré de longs travaux à extraire de la carrière et présenter réunis à son appréciation les matériaux avec lesquels il doit reconstruire l’édifice du passé11».

Notes

1 Jean-Pierre Vernant, La traversée des frontières, Le Seuil, 2004, p. 128.
2 Idem.
3 Idem.
4 Idem.
5 Savoir et Mémoire n°1, « La pensée grecque », entretien avec Jean-Pierre Vernant, AREHESS.
6 Idem, p. 14.
7 Jean-Pierre Vernant, La traversée des frontières, p. 129.
8 Idem.
9 Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque, PUF, p. 47.
10 Jean-Pierre Vernant, La traversée des frontières, p. 131.
11 Ernest Renan, L’avenir de la science, Flammarion, 1995, p. 186.

septembre 6, 2011

Publicités philosophiques

Publié dans Réflexion, Uncategorized tagged à 10:07 par Mnemosyne



Ces deux publicités proviennent du n° de la revue Family history évoqué dans mon précédant message. Il s’agit de réclames pour le site d’aide à la généalogie “ancestry.co.uk” qui existe aussi en France et qui propose semble-t-il, moyennant finances, un accès à un grand nombre d’archives numérisées.

J’ai trouvé l’idée de l’enchainement des causes et des conséquences intéressante… Cela m’a rappelé la Feuille de charmille de Jules Lequier.

août 30, 2011

Archives in the UK

Publié dans Réflexion à 4:09 par Mnemosyne

Lors d’un petit séjour estival outre Manche qui a eu lieu en plein pendant les évènements titrés “anarchy in the UK” (1) dans les quotidiens britanniques, je suis tombé sur le dernier numéro du magazine anglais Family history qui s’adresse à un public généalogiste. Ce numéro m’a interpellé car il contient un important dossier sur la question des archives en Grande-Bretagne. Sous le titre « Support your local archives », il propose trois rubriques intéressantes : une carte qui recense les services d’archives britanniques, un article très pédagogique sur la façon de consulter des archives dans les dépôts britanniques et un article de fond sur la question du devenir des archives en Grande-Bretagne. Je me contente ici de résumer ce dernier article, qui m’a semblé très intéressant si on compare la situation en Grande Bretagne avec la situation en France. Cet article a été rédigé à partir de propos recueillis auprès de John Chandler (président de l’ARA, Archivists and Records Association), David Mander (directeur des Archives de Londres) et Patricia Methven (directrice des Archives du King’s College, Londres).

L’article nous apprend tout d’abord que les comtés et arrondissements en Angleterre et au Pays de Galles s’occupent eux-mêmes de leurs archives et que chacun a une gestion qui lui est propre. A l’exception du comté du Bedfordshire, tous les services d’archives ont été créés après la seconde guerre mondiale et ils sont généralement gérés par un conseil local ou par un consortium de conseils. Avec la crise, depuis quelques années, les services d’archives britanniques subissent de graves restrictions budgétaires, qu’il s’agisse des Archives nationales ou des services d’archives des comtés. De nombreuses restructurations sont en cours et de nombreux postes d’archivistes sont gelés. Cette conséquence de la crise va jusqu’à toucher le prestigieux service des archives du métro londonien, le London Metropolitain Archives. Et dans le pire des cas, des services d’archives comme celui de la Hammersmith and Fulham local studies library à Londres ont été contraint de fermer.

Afin de parer à ces conséquences néfastes de la crise, les archivistes anglais, fort de leur pragmatisme, ont développé des solutions de partenariat et d’échanges. Un certain nombre de comtés ont commencé à partager leur « back office » pour la gestion des archives : les finances et ressources humaines principalement. Une autre solution est d’externaliser la gestion des archives, comme cela s’est fait dans le grand quartier londonien d’Hammersmith. Par ailleurs, des services d’archives font de plus en plus appel à des volontaires bénévoles, ce qui va dans le sens du concept de « Big Society » prôné par l’actuel gouvernement britannique. Le Worcestershire Record Office a par exemple fait appel à 35 volontaires pour classer les archives de la ville de Worcester. Cet usage de volontaires non professionnels est assez mal perçu de la part des archivistes professionnels anglais membres de l’ARA, ce qui se comprend. Ces dernier ont dénoncé ces pratiques, les jugeant abusives car tendant à considérablement freiner le recrutement d’archivistes professionnels.

Bien que l’investissement en faveur des archives soit souvent secondaire en Grande-Bretagne, certaines villes bénéficient de splendides infrastructures de construction récente (Exeter et Cardiff notamment) ou en construction. À Worcester, un bâtiment qui ressemblera les archives de la ville et du comté, la bibliothèque de la ville et de l’université au sein d’un projet architectural original dénommé « Hive » est en cours de construction. Par ailleurs, comme en France, de nombreux services d’archives mettent en ligne leurs inventaires et fonds d’archives numérisés. Un travail souvent réalisé par des prestataires privés ou par le biais de projets collaboratifs initiés par les Archives nationales, comme le « Access to Archives ». Des projet de plus petite envergure existent par ailleurs au Pays de Galles ou en Écosse. A Londres, 123 organismes de conservation d’archives (services d’archives, bibliothèques et musées) travaillent ensemble pour offrir un catalogue commun : l’AIM25.

En lisant cet article, on se rend compte que la France et la Grande-Bretagne, malgré des différences historiques, culturelles et organisationnelles, se ressemblent pour ce qui est  du travail fournis par les archivistes pour faire vivre ce matériau irremplaçable de l’histoire et du patrimoine national qu’est l’archive.

(1) En référence à la chanson du groupe anglais Sex pistols.

juin 13, 2011

Journée AURORE 2011 : Archives en mouvements

Publié dans Uncategorized tagged , à 10:09 par Mnemosyne

Cette journée d’étude du réseau AURORE qui aura lieu le 21 juin au rectorat de Nantes abordera la question des mouvements d’archives dans les espaces, à travers notamment les déménagements, les externalisations, l’aménagement de bâtiment ou le réaménagement des surfaces de stockage.

Programme

9 h – Accueil

9 h 15-9h 30 – Discours d’ouverture Recteur de Nantes Xavier de la Selle, Président de l’AAF

9 h 40 – Trouver de l’espace.

Préparer la construction d’un bâtiment d’archives, Claire Etienne, Université de technologie de Compiègne

10 h 00 – Externalisation : le prestataire, complément ou concurrent ? Hélène Chambefort, INSERM Cécile Lévy, AFSSAPS

10 h 40 – Problématique de la fonction archives sur un établissement multi-sites. Lucile Schirr, Université de Strasbourg

11h00 – Questions

11 h 10 – Protéger l’espace

Numériser : la réponse à tout ? Claire Cottin, Société Générale

11 h 30 – Mise en oeuvre d’un plan d’urgence suite à un sinistre, Marie-Agnès Dubos, EHESP

11 h 50 – Services d’archives et plans d’urgence en entreprise, Laurent Ducol

12h10-12h20 – questions

12h20-14h00 – Pause déjeuner

14 h – Gagner de l’espace

Refoulement, reconditionnement, éliminations : entre perte de temps et gain d’espace, Hélène Gay, Rectorat de Toulouse

14 h 20 – Les actions du Bouclier bleu, Catherine Cottin, Bouclier bleu

15 h 00 – Changer d’espace

La fonction archives lors d’un déménagement : retours d’expériences, Goulven Le Brech, EHESS

15h 20 – Fusion de sites et fusions d’archives, Anne Bassompierre, rectorat de Nantes et Julia Aumuller et Yvan Le Gallo, Anses.

16h00 – La Cité des mémoires étudiantes ou le déménagement permanent : fragments d’archivistique buissonnière. Marina Marchal, Jean-Philippe Legois, Cité des Mémoires étudiantes.

16 h 20 – Clôture

Lieu :

Rectorat , 8 rue du Général Margueritte, Site Margueritte , 44035 – Nantes, France

Contact :

mai 6, 2011

Matinée d’études sur les données de la recherche

Publié dans Journée d'études tagged , , , à 8:41 par Mnemosyne

Données de la recherche : droits et obligations des chercheurs en matière de conservation et d’archivage

Vendredi 27 mai 2011

Université Pierre et Marie Curie (campus Jussieu, tour 46, salle 101)

En partenariat avec l’Université Pierre et Marie Curie, le Réseau AURORE (Archivistes des Universités, Rectorats, Organismes de Recherche et mouvements Etudiants), à travers son groupe de travail sur les archives scientifiques, vous propose une matinée d’études intitulée « Données de la recherche : droits et obligations des chercheurs en matière de conservation et d’archivage des données » le vendredi 27 mai de 9h00 à 12h30 à l’Université Pierre et Marie Curie (4 place Jussieu, Paris 5e).

Après une première séance consacrée aux questions de droit (droit d’auteur, droit des archives), une deuxième partie traitera des problématiques d’archivage à long terme des bases de données et des plateformes de recherche avant d’aborder la thématique de la constitution et de l’exploitation du patrimoine scientifique.

En raison du nombre limité de places, l’inscription auprès d’Isabelle GALLOIS – isabelle.gallois@upmc.fr est obligatoire avant le 23 mai.

Programme :

9h00 – 9h30     Accueil des participants

9h30 – 9h45     Discours d’ouverture

Jean CHAMBAZ, Vice-Président Recherche à l’UPMC

9h45-10h00      Introduction générale

Fabien OPPERMANN, Chef de la mission des archives et du patrimoine culturel, Ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative, Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

10h00 – 10h45 Droit d’auteur et droit des archives : un dialogue méconnu

Présidence : Marie-Laure BACHELERIE, responsable du service archives du CNRS

- Valentine DELEUZE, Bureau des accords institutionnels et de la propriété intellectuelle, DGRTT de l’UPMC : Conservation et confidentialité des données liées aux brevets.

- Emmanuel PIERRAT, Cabinet PIERRAT – Questions de droit.

- Sarah CADOREL, projet ELFE – Intégration de la  problématique de la gestion et de la conservation des données à un projet de recherche.

Échanges avec les participants

10h45-11h00     Pause

11h00 – 11h45  Bases de données et plateformes de recherche – Des problématiques spécifiques

Présidence : Hélène CHAMBEFORT, responsable du bureau des Archives à l’INSERM

- Sylvain COLOMER, juriste à l’UPMC : présentation du guide CNIL.

- Aurélien CONRAUX, BNF : Accompagner une collectivité de chercheurs.

- Alain ZASADINSKI, Institut de l’information scientifique (INIST-CNRS) : Présentation du projet SIDR en lien avec les objectifs de conservation pérenne.

Échanges avec les participants

11h45-12h15  Constitution et exploitation du patrimoine scientifique

Présidence : Goulven LE BRECH, EHESS

- David AUBIN, professeur en épistémologie, Histoire des sciences et des techniques

- Véronique GINOUVES, Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme : Donner accès aux archives sonores des sciences humaines et sociales : questions éthiques et juridiques.

- Nathalie DUCHANGE, INSERM : Des archives ouvertes ? Présentation HAL et MédiHAL.

12h15-12h30 – Discussion libre

mars 25, 2011

La fin des livres ?

Publié dans Réflexion, Revue de presse tagged , , à 10:28 par Mnemosyne

A propos de la réédition du texte d’Octave Uzanne, La fin des livres (Mancius, 2008) et de la publication de N’espérez pas vous débarrasser des livres, de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco (Grasset, 2009).

« There is no way back » a dit récemment un spécialiste anglo-saxon de la question, lors d’un séminaire consacré à la numérisation de l’information contenue dans les livres. Sommes-nous, pour la question du livre, irrémédiablement entrés dans l’ère du numérique ? Si oui, qu’en pensent les obsédés de l’objet-livre que sont les bibliophiles ? Leur discours passionné, à la limite de la dévotion et du fétichisme, a-t-il quelque chose à apporter aux simples amateurs, face aux constats des scientifiques ?

La nouvelle La fin des livres d’Octave Uzanne a été initialement publiée en 1894, dans un recueil intitulé Contes pour les bibliophiles. Passablement oublié de nos jours, Uzanne était bibliophile de son état et par ailleurs homme de lettres, historien des mœurs et de la mode, éditeur et journaliste (ayant notamment collaboré à La Plume et au Mercure de France). Sa nouvelle a pour point de départ une conférence londonienne, réunissant savants, hommes de lettres et autres érudits autour d’un éminent physicien anglais, dénommé sir William Thompson. Ce dernier, au cours d’une brillante conférence sur le passé et l’avenir du monde, ébranle littéralement ses confrères par ses prophéties. La discussion se poursuit par la suite dans un vieux pub de la capitale britannique, où chacun va de ses prédictions concernant la morale, la chimie ou l’art. Vient le tour d’Uzane, légèrement imbibé de champagne, que l’on interroge sur l’avenir du livre et qui prétend ne s’être jamais posé cette question. « Si par livres vous entendez parler de nos innombrables cahiers de papier imprimé, ployé, cousu, broché sous une couverture annonçant le titre de l’ouvrage, je vous avouerai franchement qui je ne cois point, – que les progrès de l’électricité et de la mécanique moderne m’interdisent de croire, – que l’invention de Gutenberg puisse ne pas tomber plus ou moins prochainement en désuétude comme interprète de nos productions intellectuelles. »

L’imprimerie ! Quel procédé vieillot en cette fin de 19ème siècle, synonyme de progrès dans toutes les directions, y compris dans celui du support des « productions intellectuelles ». Partant du constat que l’homme de loisir recherche le confort partout, y compris dans les choses de l’esprit, Ocatve Uzane explique les méfaits de la lecture, supposant une attention soutenue « qui consomme une forte partie de nos phosphates cérébraux » et qui « ploie notre corps en diverses attitudes lassantes. » La solution à venir, qui remplacera le livre dans ses fonctions en y agrémentant le confort est le phonographe. Né de l’égoïsme et de la paresse grandissante des hommes, décliné en version fixe ou portable, le phonographe tuera le livre. Par voie de conséquence, l’écrivain sera remplacé par le narrateur, et la littérature, par de la narration. « Les dames ne diront plus, parlant d’un auteur à succès : « j’aime tant sa façon d’écrire ! » Elles soupireront toutes frémissantes : « Oh ! ce diseur a une voix qui pénètre, qui charme, qui émeut ; ses notes graves sont adorables, ses cris d’amour déchirants ; il vous laisse toute brisée d’émotion après l’audition de son œuvre : c’est un ravisseur d’oreille incomparable. » Dans ce contexte, les bibliothèques seront remplacées par des phonographotèques qui auront la particularité de se trouver un peu partout. Et les bibliophiles deviendront des phonographophiles, passionnés par la reliure des cylindres rares des œuvres de l’esprit humain.

Malgré sa grande ironie, Uzane est proche du prophétisme lorsqu’il ajoute au son du phonographe l’image et à l’omniprésence, l’immédiateté : « Ce seront des voix du monde entier qui se trouveront centralisées dans les rouleaux de celluloïd que la poste apportera chaque matin aux auditeurs abonnés […] télégrammes de l’Etranger, cours de la bourse, articles fantaisistes, revues de la veille, on pourra tout entendre en rêvant encore sur la tiédeur de son oreiller. » Tout l’Internet est là. Mais le livre, bon an, mal an, en 2010, est toujours présent… Pourquoi ? Telle est la question posée par deux grands bibliophiles : Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, en ouverture à leur entretien avec Jean-Philippe de Tonnac.

« Avec Internet, nous somme revenus à l’ère alphabétique », explique Umberto Eco dès les premières lignes de l’entretien. L’écrivain et son acolyte cinéaste semblent tous les deux d’accord à ce sujet, car pour eux, la période qui a vu les changements successifs de supports ; du papyrus jusqu’à l’apparition de l’imprimerie, doit être considérée comme une préhistoire du livre. Car le livre, d’après Eco, est d’une perfection indépassable : « le livre est comme la cuiller, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux. » En ce qui concerne l’e-book, Eco y voit un substitut pour certaines activités nécessitant de transporter des grandes quantités d’informations (comme les dossiers de magistrat) mais pas un substitut du livre, qui demeure un support doté de perfections indépassables. Qui plus est, il est indéniable que la fragilité et le manque total de pérennité des supports informatiques font que le livre a de beaux jours encore à vivre. S’il existe de moins en moins d’incunables sur le marché de la bibliophilie, ces livres produits dans le siècle qui a suivi l’invention de l’imprimerie sont toujours là et bien lisibles. Rien de comparable avec les fichiers word de la fin des années 90, que nous conservons sur nos disques durs tout en sachant qu’ils ne sont plus lisibles depuis plusieurs années…

Au-delà de la problématique du support, ces deux livres de bibliophiles posent la question des nouvelles pratiques inférées par le web. Ainsi que le suggère Christine Genin dans un article consacré à « l’archivage de l’intime en ligne[1] » on peut par exemple concevoir les blogs littéraires comme « les avatars numériques des avants-textes et les archives que les bibliothèques conservaient jusqu’alors sous la forme de manuscrits, de lettres ou d’archives personnelles. » La multiplication de ces blogs témoigne d’une véritable révolution du rapport à l’écriture et à la publication, car chacun devient son éditeur et peut discuter avec ses lecteurs, par le biais des messageries. La récente création, par Stéphane Beau, des « A-côtés du Grognard », qui consiste à publier des textes auparavant postés en ligne sur divers blogs et sites Internet est un bel exemple de la duplicité cyclique des supports et des pratiques. On écrit en ligne et le livre – qui reprend les contenus au préalable postés en ligne – est imprimable sur un support traditionnel. Ce livre survivra, contrairement à l’irrémédiable perte des données contenues sur les blogs et les sites Internet. Rangé dans un coffret, à l’abri de la fureur des hommes, il pourra prospérer pendant quelques décennies, voir des siècles, dans l’attente d’un éventuel lecteur[2].

Compte rendu publié dans Le Grognard, n°13, mars 2010.


[1] Dans la Revue de l’association des bibliothécaires de France, n°47/48, décembre 2009.

[2] Cf. Le Coffret, Stéphane Beau, éditions du Petit Pavé, 2009.

mars 14, 2011

Un projet intéressant en digital humanities

Publié dans news tagged à 1:36 par Mnemosyne

J’ai pris récemment connaissance d’un projet fort intéressant en digital humanities, orchestré par le Laboratoire Ex situ (études littéraires et technologies), de l’université Laval au Québec. Rattaché au CRILCQ, Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises et à la Chaire de recherche du Canada en littérature contemporaine, ce laboratoire est placé sous la direction de René Audet, professeur au Département des littératures. Ce laboratoire assure la mise en place et la réalisation du projet DÉCALCQ (Dépôt électronique et vitrine de consultation des archives en littérature et culture québécoises). Ce projet vise à la conservation et à la mise en valeur des archives scientifiques du CRILCQ dans ses composantes U.Laval, U. de Montréal et UQAM. Le Laboratoire expérimentera également différentes modalités technologiques permettant de faciliter la collaboration entre chercheurs, équipes de recherche, auxiliaires de recherche qui ne se trouvent pas réunis en un même lieu géographique. Ce sera un incubateur de projets assistés par les technologies informatiques : wikis, banques de données en ligne, outils de workflow pour des projets, édition en ligne et collaborative de documents / articles / travaux, bibliographies personnalisées…

Plus de détails sur les composantes de ce projet :

http://www.crilcq.org/recherche/poetique_esthetique/laboratoire_ex_situ.asp

En France, il semblerait que la plateforme Persée traverse des difficultés, et que son avenir soit menacé. Ce portail a pour vocation de mettre en ligne, une fois numérisées, des revues de sciences humaines et sociales. Quelques informations concernant Persée, cela représente :

  • 108 revues présentes sur le portail
  • 51 revues en cours de traitement pour diffusion prochaine
  • 354 663 documents diffusés
  • 137 685 articles scientifiques en texte intégral
  • 14 007 versions sonores d’articles
  • 131 536 articles disposant d’un DOI

Une pétition est en ligne, à l’adresse suivante :

http://www.lapetition.be/en-ligne/Persee-en-peril-9491.html

février 23, 2011

Le don d’archives : à propos d’une journée d’études

Publié dans Réflexion tagged , , , , , à 11:12 par Mnemosyne

Un évènement a retenu mon attention récemment, qu’il me semble intéressant de mentionner dans ce blog en taggant ce message sous le mot clé « réflexion »… Il s’agit de la journée d’études organisée par la promo 2010-2011 du Master d’archivistique d’Angers, qui a eu lieu le 11 février dernier, à la Maison des sciences de l’homme d’Angers. Le titre de cette journée était : « Le don : une approche renouvelée des archives privées ». Il rassemblait une dizaine de participants venus d’horizons divers autour de cette question du don d’archives privées. Je ne vais pas passer en revue l’ensemble des interventions de cette journées – toutes très intéressantes – mais plutôt relever quelques points qui m’ont semblé très pertinents et ouvrant sur des interrogations inédites en archivistique.

Tout d’abord, avant la question précise du don d’archives, c’est la notion même de don qui a été débattue. L’intervention de Laëtitia Pihel (Université de Nantes, spécialistes des questions relatives au management des ressources humaines), sur « ce que donner veut dire », a été une excellente mise en perspectives. Partant des analyses de Marcel Mauss dans L’Essai sur le don (1950), L. Pihel a expliqué comment l’analyse du phénomène du don/contre-don, équivalent à trois phases (donner/recevoir/rendre) dans les tribus polynésiennes étudiées par Mauss au début du siècle dernier peut toujours servir de modèle de compréhension dans nos sociétés contemporaines occidentales. La complexité de ce qu’une démarche de don implique, en terme de rapports conscients et inconscients entre le donateur et le receveur du don, a par ailleurs été soulignée par une enseignante en psychologie, Alix Bernard (Université d’Angers). Il est apparu (pour le néophyte que je suis concernant ce sujet) que le don implique une responsabilité « en miroir » entre le donateur et le receveur, le donateur concevant son don comme un gage et le receveur comme un cadeau ou une dette, en fonction de la façon dont s’est fait le don. Dans ce registre, ont été évoquées les études d’Alain Caillé et du psychologue anglais Winicott, et il aurait aussi pu être question de Maurice Godelier et de Jacques Derrida, deux figures de l’EHESS qui se sont intéressés à cette problématique anthropologique et philosophique.

Pour ce qui concerne la question plus précise du don d’archives privées, outre des aspects techniques et juridiques (comme la nécessité de bien encadrer la démarche par une lettre de don validée par un juriste), deux aspects ont retenus mon attention. Le premier est le rapport bien particulier au temps qu’engage un don. Le don implique en effet une longue démarche relationnelle entre le donateur et le receveur, la personne qui souhaite faire un don d’archives et l’archiviste responsable de la conservation de fonds privés. Ce point a été souligné par Elisabeth Verry (directrice des archives du Maine-et-Loire) dans son intervention en introduction à la Journée, et par Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay, qui a expliqué comment s’est passé le don des archives de son père aux Archives nationales. Le fonds Jean Zay a attendu plusieurs années avant d’être données dans son intégralité par les descendants de l’homme politique victime du régime de Vichy, pour des raisons de cœur tout à fait compréhensibles de la part des donateurs. Ainsi que l’a souligné Magali Lacousse (Archives nationales), la relation de l’archiviste avec le déposant peut revêtir divers aspects (des plus sympathiques aux plus antipathiques) mais à chaque fois il s’agit d’une relation bâtie dans la durée. Les archivistes travaillent en permanence avec et contre le temps, mais dans ce cas le rapport est un rapport humain avant d’être documentaire. Madame Mouchard-Zay a très bien résumé la chose en évoquant le cas malheureux d’un archiviste lui ayant uniquement demandé la volumétrie des archives de son père, la « forme du fonds », avant même d’avoir parlé du « fond du fonds » si je puis dire.

L’autre aspect qui m’a interpellé pour le cas des dons d’archives est la spécificité de la distinction entre le producteur et le donateur des archives. L’analyse statistique faite par des étudiants du Master d’archivistique d’Angers, à partir des dons d’archives privés réalisés aux Archives départementales du Maine-et-Loire, a été très parlante. Il se trouve que dans bien des cas les donateurs ne sont pas les producteurs d’archives. Cela semble anodin mais c’est en réalité très instructif, si l’on compare la procédure de don d’archives privées à la situation classique d’un producteur d’archives publiques versant ses archives au terme de leur DUA. Rien n’oblige un descendant d’architecte ou d’érudit à donner ses archives à une institution de conservation publique comme un service d’archives départementales. Et la reconnaissance actuelle d’une valeur marchande attaché à des pièces d’archives (manuscrits et lettres d’écrivains notamment) peut conduire à des cas de mise en vente aux enchères de fonds et par voie de conséquence à un éparpillement des fonds fortement nuisible à la recherche. Dans ce registre, l’intervention d’Olivier Corpet, fondateur et directeur de l’IMEC, a été riche d’enseignements. Malgré la reconnaissance du sérieux du travail qui y est effectué, des fonds déposés à l’IMEC (il n’y a pas de dons à proprement parlé à l’IMEC : les fonds restent la propriété des déposants, producteurs ou ayant droits des archives) ont été repris pour être vendus… Une situation qui a incité l’IMEC a inventer une nouvelle procédure de « versement » d’archives privées, à la croisée du dépôt et du don sur le plan juridique.

Dans le domaine qui me concerne à l’EHESS et plus généralement dans les universités et organismes de recherche se pose de plus en plus la question des fonds de chercheurs, dont le statut juridique est « mixte », à la fois public et privé, à la croisée du droit des archives et du droit de la propriété intellectuelle… Comme à l’IMEC, une réflexion est engagée au sein du réseau AURORE au sujet des fonds de chercheurs, concernant les procédures de collecte et de communication de ces archives par les archivistes des universités et organismes de recherche, afin d’éviter la dispersion des fonds chez les collectionneurs et autres fétichistes de la signature.

janvier 28, 2011

De retour après la bataille

Publié dans Revue de presse, Veille tagged , , , , , , , à 10:18 par Mnemosyne

J’émerge à peine du déménagement de l’École des hautes études en sciences sociales après une longue absence sur ce blog…

Pour signaler tout d’abord un dossier  réalisé dans la dernière Lettre de l’EHESS avec l’équipe des archivistes qui ont participé à l’opération. Un dossier original, qui plutôt que d’énoncer des chiffres et des bilans en mètres linéaires, évoque avec poésie le passionnant métier d’archiviste, ses joies, ses peines et la grande curiosité qui caractérise les archivistes. Je signe pour ma part une petite réflexion sur “la sagesse de l’archiviste”… L’ensemble est lisible ici :

Lettre de l’EHESS, n°38, janvier 2011

Et pour suivre mois après mois ce que fut la gestion des archives de l’EHESS au cours de la préparation de son déménagement, il est intéressant de lire la rubrique tenue par la responsable du service des archives, Brigitte Mazon, dans la Lettre de l’EHESS :

Chroniques du déménagement

Concernant le traitement de fonds d’archives, je suis content d’annoncer la mise en ligne de l’inventaire électronique d’une partie des archives du Fonds Ricoeur. Le Fonds Ricoeur est un ensemble documentaire qui regroupe la bibliothèque de travail personnelle du philosophe, ses archives ainsi que l’ensemble de son œuvre et des commentaires que cette dernière a suscités. Elle est abritée par la Faculté libre de théologie protestante de Paris, où Ricoeur avait donné des cours de philosophie de l’automne 1958 au printemps 1969. J’ai eu le privilège de coordonner le classement et la réalisation de l’instrument de recherche relatif aux cours, séminaires, notes de lectures et interventions du philosophe, sur une période allant de 1930 à 2005. Ce travail a été dirigé par Catherine Goldenstein, chargée de la conservation du Fonds Ricoeur et Noémie Marignier. Ce premier sous-fonds, d’une grande richesse, sera ensuite complété par les sous-fonds des œuvres et de la correspondance du philosophe. Notons par ailleurs la mise en ligne, par Catherine Goldenstein, d’un texte inédit et passionnant de Paul Ricoeur sur “Archives et création”.

http://fondsricoeur.anaphore.org/ead.html?id=FRAFPR_001

Dans le domaine des archives des sciences humaines et sociales, je signale la création d’un “carnet de recherche” (blog collectif de la plateforme Hypothèse du CLEO) ArchiSHS, qui a pour objectif de présenter, diffuser et discuter des réflexions et travaux du Réseau thématique pluridisciplinaire portant sur les archives des sciences humaines et sociales produites par les entités du CNRS. Bertrand Müller coordonne ce RTP auquele je participe. Voici sa présentation : “Il s’agit de faire émerger une réflexion prenant en compte la singularité des archives scientifiques produites par les SHS. En particulier de prendre en compte l’archive dans ses dimensions scientifique (données,preuves), juridique (publique, privée), archivistique (documentaire, matérielle), historique (mémorielle, patrimoniale)”.

Le carnet de recherche ArchiSHS (Hypothèse)

Toujours dans le champ des archives des sciences humaines et sociales, signalons la dernière Lettre de l’IMEC, qui contient un important dossier coordonné par François Bordes sur les fonds d’archives de sciences humaines et sociales conservés à l’Abbaye d’Ardenne. Outre un entretien avec Philippe Artière, ce numéro présente la liste des fonds d’archives des chercheurs en SHS, philosophes et érudits conservés à l’IMEC.

Lettre de l’IMEC (n°12, automne 2010)

Dans le domaine des archives des universités, grandes écoles et organismes de recherche, un guide de l’AMUE (Agence de mutualisation des universités et établissement) vient de paraître, coordonné par le réseau AURORE (archivistes de universités, rectorats et organismes de recherche) et le CINES (Centre informatique nationale de l’enseignement supérieur). Ce guide méthodologique propose un ensemble de fiches sur la gestion des archives au sein d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche. Il est évolutif et a pour principale finalité d’apporter aux directions des établissements dépourvus d’un service archives les éléments indispensables à la conduite d’une réflexion menant à la mise en place d’une démarche cohérente de gestion des archives.

Guide AMUE “Gestion des archives au sein d’un établissement supérieur”

Pour ce qui est de la bonne vieille édition papier, deux livres ont retenu mon attention récemment au sujet des archives. Tout d’abord un ouvrage de Claude Huc, ancien animateur du groupe PIN (Pérennisation des Informations Numériques), au sujet de la conservation des archives électroniques. Encore un des ces ouvrages qui concernent uniquement les organismes et institutions de pointe ?!? Eh bien non, ce n’est pas du tout ça. Car Claude Huc s’adresse ici au particulier, au quidam qui ne s’intéresse pas à toutes ces questions mais qui s’y trouve de fait confronté au quotidien… Le titre de ce livre est très explicite : Préserver son patrimoine numérique – Classer et archiver ses e-mails, photos, vidéos, documents administratifs (Eyrolles, 324 p.).

Voici sa présentation :

“Votre patrimoine numérique est en danger : adoptez les bonnes pratiques et méthodes pour classer tous vos documents et les conserver à moyen ou long terme. Identifiez les périls qui guettent vos fichiers : changements de format et d’encodage, dégradation du support de stockage, virus… Distinguez les documents de travail de ceux, à conserver durablement. Organisez votre patrimoine numérique avec un arbre de référence. Préservez vos courriels à partir d’un webmail ou d’un client de messagerie. Choisissez votre stratégie de stockage et les supports appropriés à vos besoins. Constituez et sécurisez votre patrimoine numérique. Mettez à jour votre patrimoine selon sa croissance. Procédez à des vérifications régulières et renouvelez vos supports. Sauvegardez votre site web, blog, vidéos en ligne… ainsi que vos données présentes sur les réseaux sociaux.”

Un ouvrage semble-t-il indispensable. Et pour changer de style tout en restant dans le registre des archives – disons pour le chevet – je signale un petit ouvrage divertissant et interpellant de Maurice Olender : Matériau du rêve (IMEC, coll “Le Lieu de l’archive”, supplément à la Lettre de l’IMEC).

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