10.13.09
Des fonds et documents en ligne de personnalités littéraires et scientifiques



Un peu de veille, concernant la mise en ligne d’inventaires de fonds et de documents de personnalités littéraires et scientifiques d’institutions françaises et étrangères…
Tout d’abord, les grandes institutions françaises. Et pour commencer la BNF, qui a mis en ligne son catalogue “Archives et manuscrits”, soit une partie des inventaires des manuscrits et des fonds d’archives conservés au département des Manuscrits, au département des Arts du spectacle (site Richelieu) et des manuscrits conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal. Cette mise en ligne est réalisée avec l’outil Pleade.
Du côté des Archives Nationales c’est la base BORA (archives privées) qui fait peau neuve, pour le plus grand plaisir des chercheurs. La navigation se fait par une recherche en plein texte ou via des cartes permettant d’effectuer des recherches dans des aires géographiques métropolitaines ou des départements et territoires d’outre mer. Vous constaterez qu’au niveau des DOM-TOM, seule la Nouvelle-Calédonie est représentée, avec notamment les archives du Missionnaire ethnologue Maurice Leenhardt (que j’ai eu la chance de voir en cours de classement il y a quelques années lors d’un stage aux archives de la Nouvelle-Calédonie). Et puisque mes collègues sont à l’origine du classement de ce fonds, je signale en passant la notice du fonds Robert Mandrou, célèbre historien de l’Ecole des Annales.
Dans le domaine des archives littéraires, la Bibliothèque Jacques Doucet offre depuis peu une très belle vitrine des fonds d’archives abrités dans ses murs. La description des fonds est souvent illustrée de portraits et signatures et parfois de documents numérisés. C’est le cas, par exemple, pour le fonds Charles Baudelaire illustré par des dessins du poète (qui en plus d’être un critique d’art était un artiste).
Toujours dans le domaine de la littérature, le service des archives de l’Université de Montréal a réalisé une exposition virtuelle à partir du fonds Louis Hémon qui vaut le détour. Louis Hémon est célèbre pour son roman Maria-Chapdelaine qui a été traduit dans de nombreuses langues, mais il est demeuré un personnage énigmatique et peu connu de son vivant.
Enfin, signalons un superbe site consacré à la numérisation du fonds d’archives du mathématicien et physiciens Ampère, conservé aux archives de l’Académie des sciences (projet réalisé par le Centre de recherche en histoire des sciences et des techniques CAK/CRHST). Avec Ampère la science rejoint la littérature, car ce site nous apprend que ce dernier était aussi un poète romantique…
Illustrations :
Charles Baudelaire par Etienne Carjat.
Louis Hémon en 1911, à l’âge de 31 ans fumant sa pipe (Service des archives de l’Université de Montréal, cote P0109/F1,0023)
Maurice Leenhardt en 1953 (photo en provenance du site Rosada)
08.25.09
Chercheurs, vos papiers !

Une série de journées d’étude à destination des chercheurs en SHS est organisée à la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (MMSH, Aix) au sujet de l’organisation, la diffusion, l’archivage et la valorisation des sources qu’ils produisent. La première, qui aura lieu le 26 novembre prochain, a pour thématique les projets d’édition électronique de sources.
Voici le texte de présentation de cette journée :
Au cours de leur vie professionnelle, les chercheurs rassemblent et exploitent des sources de natures diverses et produisent leurs propres archives : tous ces papiers s’accumulent – -et parfois se perdent – sans que leur exploitation puisse toujours être complète ni partagée de façon pérenne avec la communauté scientifique. Le programme inter MSH « Archives de terrain en Sciences humaines et sociales » souhaite proposer régulièrement aux chercheurs, enseignants-chercheurs et doctorants des journées de formation pour les aider à traiter et valoriser ces « papiers » quels qu’ils soient : textes, images ou sons. Ces journées ont également pour but de faire connaître les plateformes techniques ainsi que les initiatives nationales et internationales ou les outils génériques susceptibles d’être utilisées par la communauté scientifique. Elles voudraient accompagner l’acquisition de nouvelles compétences pour pouvoir dialoguer avec les spécialistes de l’édition électronique, de la diffusion et de l’archivage de sources car de plus en plus, la mise en place de projets ou de programmes, demandent une technicité accrue en gestion documentaire, informatique et administrative. L’objectif est donc de s’approprier les outils pertinents, d’appréhender une chaîne de traitement des documents, de connaître les standards de la communauté scientifique internationale, afin d’apprendre à partager ses savoirs et à bénéficier de ceux des autres.
Journée organisée par Véronique Ginouvès (USR 3125), Blandine Nouvel (CCJ) et François Siino (IREMAM).
Le détail des interventions et autres informations sur Calenda : http://calenda.revues.org/nouvelle14282.html
Présentation de la journée (avec le clin d’œil à Léo Ferré) sur le site de la Phonothèque de la MMSH : http://phonotheque.hypotheses.org/1617
Photo : Fonds Jacques Bertin, EHESS (reproduction interdite)
06.22.09
A l’abri de l’oubli

Je suis allé faire un tour au Salon international du livre ancien de Paris ce week-end. La Bibliothèque et les Archives nationales du Québec était l’invité d’honneur de ce salon. Des grands panneaux de photographies des archives québécoises plantaient le décor, en haut des escaliers du hall du Grand Palais, au dessus des kiosques dédiés aux livres anciens et aux estampes.
Après avoir contemplé de bien belles choses dans les vitrines des libraires (lettres de Chateaubriand et de René Char estampes d’Hiroshige et d’Henri Rivière), je suis tombé sur le stand de la Bibliothèque et des Archives nationales du Québec. Y étaient exposés des œuvres choisies parmi les collections tant pour leur intérêt historique que pour leur valeur esthétique, ce salon étant dédié à un public bibliophile, amateur de beaux documents. Parmi ces documents était exposé un des premiers livres imprimés au Québec en langue amérindienne, datant de 1767.
Sur une table étaient présentés des ouvrages et fascicules réalisés par la Bibliothèque et les Archives nationales du Québec. Un petit document, intitulé « A l’abri de l’oubli, petit guide de conservation des documents personnels et familiaux » a plus particulièrement retenu mon attention. L’idée de ce guide, d’un design très sympathique, est d’offrir aux citoyens du Québec un plan de classement et des consignes de conservation et de tri des documents personnels, conservés à la maison.
Nous avons tous chez nous des boîtes, dossiers ou classeurs contenant nos documents vitaux (correspondance, fiche de paie…) et des boîtes de documents sentimentaux (photographies, lettres, tickets de visites ou de concerts…) dont la taille varie en fonction des habitudes et du lieu d’habitation de chacun. Nous conservons soigneusement ces documents car ils sont utiles pour prouver nos droits et pour se remémorer des évènements passés. Mais que faire du reste (factures, contrats…) qui encombre nos armoires et nos greniers ? Ce guide de conservation des documents personnels et familiaux, outre son aspect ludique et sympathique a le grand intérêt de ne rien laisser de côté, y compris au niveau des documents sur support informatique (il donne notamment des conseils au sujet de la conservation des CD et des DVD).
Un beau cadeau à faire à la veille d’un déménagement !
À l’abri de l’oubli – Petit guide de conservation des documents personnels et familiaux – Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2008. 64 pages, ISBN 978-2-551-23701-2 (7 euros)
06.13.09
La Pierre de Rosette du quotidien

Lors de l’ouverture de la dernière journée d’études du groupe AURORE à Montpellier, Stéphane Kraxner (Institut Pasteur) a insisté sur la notion centrale de documentation des données (métadonnées) pour l’archivage électronique pérenne.
Ce qui, dans le train du retour, m’a fait penser à un reportage vu il y a quelques temps sur Arte, à propos de la civilisation Hittite… Cette civilisation d’Asie Mineure est pendant longtemps restée mystérieuse, par faute de documentation à son sujet. Jusqu’au jour où, sur le site archéologique d’Hattusha (Anatolie centrale) où se trouvait la capitale hittite, ont été retrouvées des milliers de tablettes d’argile sur lesquels étaient consignées des informations religieuses (récits mythologiques, descriptions de fêtes et de rituels, hymnes et prières), historiques et politiques (chroniques, annales, traités, correspondances royales, etc.). Cependant, aucun document n’expliquait comment déchiffrer des inscriptions hiéroglyphiques trouvées sur le même site d’Hattusha. Or, ces hiéroglyphiques étaient d’une importance majeure car, après maintes recherches, ils ont permis d’expliquer le déclin de l’empire hittite (dû à une guerre civile).
Plaçons-nous dans le présent. Les langages informatiques actuels peuvent-être comparés à des hiéroglyphiques car ce sont des messages codifiés, qui ne prennent sens qu’à l’aide d’une méta-documentation. La comparaison est peut-être un peu forcée… Mais je la retiens tout de même pour une prochaine discussion au sujet de cette Pierre de Rosette du quotidien que sont les métadonnées, pour l’archiviste officiant dans le monde numérique.
Image : inscriptions hiérogliphiques hittites.
05.31.09
Un poème d’Hölderlin
Mnemosyne, c’est aussi un magnifique hymne d’Hölderlin. Et je ne résiste pas à l’envie de mettre son premier paragraphe ici, toujours en guise de prologue…
Mûrs, dans le feu où ils cuisent, plongent
Les fruits, et par la terre éprouvée, une Loi voulant
Qu’en elle tout rentre, ainsi que les serpents,
Prophétiques, rêvant sur
Les collines du ciel. Et il reste beaucoup,
Telle sur les épaules une charge
De bûches, à maintenir. Mais mauvais
Sont les chemins. Oui, rompant,
Comme les chevaux, vont, captifs,
Les éléments, les vieilles
Lois de la terre. Et toujours
Dans l’étendue sans frein va un souhait. Mais
beaucoup
A maintenir. Et, la fidélité, nécessaire.
En avant, cependant, en arrière, nous ne désirons
point
Voir. Nous laisser bercer comme
Dans un vacillant canot de la mer.
Traduction d’André du Bouchet (Poésie/Gallimard, 2008)
05.28.09
La conservation des archives électroniques : enjeux et perspectives
Le groupe AURORE (réseau des Archivistes des Universités, Rectorats et Organismes de Recherche), qui est un groupe de l’AAF (Association des Archivistes Français) organise une journée d’études sur la conservation des archives électroniques, le 12 juin 2009 à l’Université Montpellier 1.
Voici son programme détaillé :
8h30 – 9h00 Accueil des participants
9h00 – 9h45 Discours d’ouverture
9h45 – 10h05 Introduction :
Stéphane KRAXNER, Institut Pasteur : définitions et panorama des archives électroniques
10h05 – 11h05 L’archivage électronique : réflexions sur sa mise en œuvre au sein de deux établissements
Présidence : Alexandra PRUM, Université Paris Dauphine
- Goulven LE BRECH, EHESS: La collecte d’archives électroniques dans un établissement d’enseignement supérieur : pistes de réflexion
- Hélène CHAMBEFORT, INSERM : L’expérience de l’INSERM : réflexions quant à la mise en place d’un système d’archivage électronique
Échange avec les participants
11h05 – 11h20 Pause
11h20 – 12h15 La gestion électronique des documents (GED)
Présidence : Stéphanie MECHINE, Rectorat de Paris
- Isabelle GALLOIS, Université Paris VI – Pierre et Marie Curie : Lancement d’un projet GED : l’expérience de l’UPMC
- Alice CHATEAU, ministère de l’Intérieur : L’inscription d’un projet de gestion électronique de documents (GED) dans une politique de gestion de l’information définie et maîtrisée : L’exemple de la Division des relations internationales au sein de la DCPJ
- Didier DEVRIESE, Université Libre de Bruxelles : De la GED à la catalographie d’archives : Pallas – Disco, les outils intégrés
Échange avec les participants
12h15 – 14h00 Buffet
14h00 – 16h00 La pérennisation des archives
Présidence : Jean Philippe LEGOIS, Mission CAARME
- Clarisse HOLICK, AD Seine Maritime : La sensibilisation des services versants à l’archivage électronique à travers 2 expériences : AFSSA et AD Seine-Maritime
- Delphine FLORECK, Université Toulouse 1 : L’historique et le devenir des données étudiants : première approche à l’Université de Toulouse 1
- Lorène BECHARD, Département Archivage et Diffusion du Centre Informatique National de l’Enseignement Supérieur : Les modalités de l’archivage électronique pérenne au CINES : la plateforme PAC
16h00 Conclusions
Le fil d’Ariane
Avant Mnemosyne : Ariane.
La mythologie grecque inspire les archivistes pour leur saut temporel dans le domaine des archives numériques ! Ce blog est en effet très largement inspiré par le blog de Karin Michel (archiviste et documentaliste) : Au fil d’Ariane.
Au fil d’Ariane est une véritable mine d’or pour les archivistes qui se lancent dans le dédale labyrinthique de la pérennisation de l’information numérique. Ses messages riches et variés, ainsi que ses liens, concernent les diverses interrogations de l’archiviste confronté au monde du numérique (supports et formats, normes et standards, logiciels, questions de diplomatique contemporaine…).
Le dernier message en date est une animation humoristique, en provenance de la “Team digital preservation” (Digital preservation europe). Cette animation est excellente et très pédagogique. Il s’agit d’un épisode de DG man, le super héros des archives électroniques, dont la mission consiste à faire en sorte que le “team chaos” ne prenne pas le contrôle d’une centrale nucléaire…
Mais revenons au fil d’Ariane… L’image est très parlante, car outre le domaine de la mythologie, elle est aussi directement associée au monde numérique, ainsi que l’explique si bien Karin Michel dans un message de son blog. Car un fil d’Ariane, sur un site web, «représente l’arborescence des rubriques que l’on a traversées depuis la page d’accueil» (Wikipedia). Ariane c’est aussi le projet de vaisseau spatial européen. Et K. M. signale avec beaucoup de pertinence qu’un bon départ pourrait être le Centre d’études spatiales (CNES).
Ce qui nous ramène à l’objet commun de nos deux blogs, car le CNES a figuré parmi les pionniers de l’archivage pérenne des données en France et en Europe (nous aurons l’occasion d’en reparler).
Sur ce,
Kenavo !
05.27.09
En guise de prologue : le regard de Mnemosyne

Fille d’Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre), Mnemosyne (ou Mnemosune) est la divinité de la mémoire en Grèce ancienne. Cette divinité a la caractéristique de transmettre aux aèdes comme Homère ou Hésiode le don de la mémoire collective, ces élus capitalisant en leur personne « sous forme de récits chantés, la somme des savoirs qui constituent, pour les vivants, l’horizon commun d’où ils tirent leurs origines » (J.P. Vernant, La traversée des frontières).
En attendant Mnemosyne… Autrement dit, en attendant de recevoir du ciel une inspiration divine, de nombreuses questions se posent pour les archivistes confrontés aux problématiques du monde numérique. Dans ce monde dominé par le paradigme technologique de l’innovation perpétuelle, l’archiviste et ses proches (producteurs d’archives, informaticiens, chercheurs) se trouvent en effet confronté à des interrogations inédites.
Ce blog, réalisé par un archiviste qui exerce dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche en sciences humaines et sociales, abordera des questions contemporaines en archivistique, sans faire l’apologie du numérique et sans imaginer un éventuel retour vers une terre promise. Car le monde numérique, que Mnemosyne regarde de loin, est bien le monde actuel.
Peinture : Mnemosyne, par Frederick Leighton (1830-1896)