mars 25, 2011
La fin des livres ?
A propos de la réédition du texte d’Octave Uzanne, La fin des livres (Mancius, 2008) et de la publication de N’espérez pas vous débarrasser des livres, de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco (Grasset, 2009).
« There is no way back » a dit récemment un spécialiste anglo-saxon de la question, lors d’un séminaire consacré à la numérisation de l’information contenue dans les livres. Sommes-nous, pour la question du livre, irrémédiablement entrés dans l’ère du numérique ? Si oui, qu’en pensent les obsédés de l’objet-livre que sont les bibliophiles ? Leur discours passionné, à la limite de la dévotion et du fétichisme, a-t-il quelque chose à apporter aux simples amateurs, face aux constats des scientifiques ?
La nouvelle La fin des livres d’Octave Uzanne a été initialement publiée en 1894, dans un recueil intitulé Contes pour les bibliophiles. Passablement oublié de nos jours, Uzanne était bibliophile de son état et par ailleurs homme de lettres, historien des mœurs et de la mode, éditeur et journaliste (ayant notamment collaboré à La Plume et au Mercure de France). Sa nouvelle a pour point de départ une conférence londonienne, réunissant savants, hommes de lettres et autres érudits autour d’un éminent physicien anglais, dénommé sir William Thompson. Ce dernier, au cours d’une brillante conférence sur le passé et l’avenir du monde, ébranle littéralement ses confrères par ses prophéties. La discussion se poursuit par la suite dans un vieux pub de la capitale britannique, où chacun va de ses prédictions concernant la morale, la chimie ou l’art. Vient le tour d’Uzane, légèrement imbibé de champagne, que l’on interroge sur l’avenir du livre et qui prétend ne s’être jamais posé cette question. « Si par livres vous entendez parler de nos innombrables cahiers de papier imprimé, ployé, cousu, broché sous une couverture annonçant le titre de l’ouvrage, je vous avouerai franchement qui je ne cois point, – que les progrès de l’électricité et de la mécanique moderne m’interdisent de croire, – que l’invention de Gutenberg puisse ne pas tomber plus ou moins prochainement en désuétude comme interprète de nos productions intellectuelles. »
L’imprimerie ! Quel procédé vieillot en cette fin de 19ème siècle, synonyme de progrès dans toutes les directions, y compris dans celui du support des « productions intellectuelles ». Partant du constat que l’homme de loisir recherche le confort partout, y compris dans les choses de l’esprit, Ocatve Uzane explique les méfaits de la lecture, supposant une attention soutenue « qui consomme une forte partie de nos phosphates cérébraux » et qui « ploie notre corps en diverses attitudes lassantes. » La solution à venir, qui remplacera le livre dans ses fonctions en y agrémentant le confort est le phonographe. Né de l’égoïsme et de la paresse grandissante des hommes, décliné en version fixe ou portable, le phonographe tuera le livre. Par voie de conséquence, l’écrivain sera remplacé par le narrateur, et la littérature, par de la narration. « Les dames ne diront plus, parlant d’un auteur à succès : « j’aime tant sa façon d’écrire ! » Elles soupireront toutes frémissantes : « Oh ! ce diseur a une voix qui pénètre, qui charme, qui émeut ; ses notes graves sont adorables, ses cris d’amour déchirants ; il vous laisse toute brisée d’émotion après l’audition de son œuvre : c’est un ravisseur d’oreille incomparable. » Dans ce contexte, les bibliothèques seront remplacées par des phonographotèques qui auront la particularité de se trouver un peu partout. Et les bibliophiles deviendront des phonographophiles, passionnés par la reliure des cylindres rares des œuvres de l’esprit humain.
Malgré sa grande ironie, Uzane est proche du prophétisme lorsqu’il ajoute au son du phonographe l’image et à l’omniprésence, l’immédiateté : « Ce seront des voix du monde entier qui se trouveront centralisées dans les rouleaux de celluloïd que la poste apportera chaque matin aux auditeurs abonnés […] télégrammes de l’Etranger, cours de la bourse, articles fantaisistes, revues de la veille, on pourra tout entendre en rêvant encore sur la tiédeur de son oreiller. » Tout l’Internet est là. Mais le livre, bon an, mal an, en 2010, est toujours présent… Pourquoi ? Telle est la question posée par deux grands bibliophiles : Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, en ouverture à leur entretien avec Jean-Philippe de Tonnac.
« Avec Internet, nous somme revenus à l’ère alphabétique », explique Umberto Eco dès les premières lignes de l’entretien. L’écrivain et son acolyte cinéaste semblent tous les deux d’accord à ce sujet, car pour eux, la période qui a vu les changements successifs de supports ; du papyrus jusqu’à l’apparition de l’imprimerie, doit être considérée comme une préhistoire du livre. Car le livre, d’après Eco, est d’une perfection indépassable : « le livre est comme la cuiller, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux. » En ce qui concerne l’e-book, Eco y voit un substitut pour certaines activités nécessitant de transporter des grandes quantités d’informations (comme les dossiers de magistrat) mais pas un substitut du livre, qui demeure un support doté de perfections indépassables. Qui plus est, il est indéniable que la fragilité et le manque total de pérennité des supports informatiques font que le livre a de beaux jours encore à vivre. S’il existe de moins en moins d’incunables sur le marché de la bibliophilie, ces livres produits dans le siècle qui a suivi l’invention de l’imprimerie sont toujours là et bien lisibles. Rien de comparable avec les fichiers word de la fin des années 90, que nous conservons sur nos disques durs tout en sachant qu’ils ne sont plus lisibles depuis plusieurs années…
Au-delà de la problématique du support, ces deux livres de bibliophiles posent la question des nouvelles pratiques inférées par le web. Ainsi que le suggère Christine Genin dans un article consacré à « l’archivage de l’intime en ligne[1] » on peut par exemple concevoir les blogs littéraires comme « les avatars numériques des avants-textes et les archives que les bibliothèques conservaient jusqu’alors sous la forme de manuscrits, de lettres ou d’archives personnelles. » La multiplication de ces blogs témoigne d’une véritable révolution du rapport à l’écriture et à la publication, car chacun devient son éditeur et peut discuter avec ses lecteurs, par le biais des messageries. La récente création, par Stéphane Beau, des « A-côtés du Grognard », qui consiste à publier des textes auparavant postés en ligne sur divers blogs et sites Internet est un bel exemple de la duplicité cyclique des supports et des pratiques. On écrit en ligne et le livre – qui reprend les contenus au préalable postés en ligne – est imprimable sur un support traditionnel. Ce livre survivra, contrairement à l’irrémédiable perte des données contenues sur les blogs et les sites Internet. Rangé dans un coffret, à l’abri de la fureur des hommes, il pourra prospérer pendant quelques décennies, voir des siècles, dans l’attente d’un éventuel lecteur[2].
Compte rendu publié dans Le Grognard, n°13, mars 2010.
janvier 28, 2011
De retour après la bataille
J’émerge à peine du déménagement de l’École des hautes études en sciences sociales après une longue absence sur ce blog…
Pour signaler tout d’abord un dossier réalisé dans la dernière Lettre de l’EHESS avec l’équipe des archivistes qui ont participé à l’opération. Un dossier original, qui plutôt que d’énoncer des chiffres et des bilans en mètres linéaires, évoque avec poésie le passionnant métier d’archiviste, ses joies, ses peines et la grande curiosité qui caractérise les archivistes. Je signe pour ma part une petite réflexion sur “la sagesse de l’archiviste”… L’ensemble est lisible ici :
Lettre de l’EHESS, n°38, janvier 2011
Et pour suivre mois après mois ce que fut la gestion des archives de l’EHESS au cours de la préparation de son déménagement, il est intéressant de lire la rubrique tenue par la responsable du service des archives, Brigitte Mazon, dans la Lettre de l’EHESS :
Concernant le traitement de fonds d’archives, je suis content d’annoncer la mise en ligne de l’inventaire électronique d’une partie des archives du Fonds Ricoeur. Le Fonds Ricoeur est un ensemble documentaire qui regroupe la bibliothèque de travail personnelle du philosophe, ses archives ainsi que l’ensemble de son œuvre et des commentaires que cette dernière a suscités. Elle est abritée par la Faculté libre de théologie protestante de Paris, où Ricoeur avait donné des cours de philosophie de l’automne 1958 au printemps 1969. J’ai eu le privilège de coordonner le classement et la réalisation de l’instrument de recherche relatif aux cours, séminaires, notes de lectures et interventions du philosophe, sur une période allant de 1930 à 2005. Ce travail a été dirigé par Catherine Goldenstein, chargée de la conservation du Fonds Ricoeur et Noémie Marignier. Ce premier sous-fonds, d’une grande richesse, sera ensuite complété par les sous-fonds des œuvres et de la correspondance du philosophe. Notons par ailleurs la mise en ligne, par Catherine Goldenstein, d’un texte inédit et passionnant de Paul Ricoeur sur “Archives et création”.
http://fondsricoeur.anaphore.org/ead.html?id=FRAFPR_001
Dans le domaine des archives des sciences humaines et sociales, je signale la création d’un “carnet de recherche” (blog collectif de la plateforme Hypothèse du CLEO) ArchiSHS, qui a pour objectif de présenter, diffuser et discuter des réflexions et travaux du Réseau thématique pluridisciplinaire portant sur les archives des sciences humaines et sociales produites par les entités du CNRS. Bertrand Müller coordonne ce RTP auquele je participe. Voici sa présentation : “Il s’agit de faire émerger une réflexion prenant en compte la singularité des archives scientifiques produites par les SHS. En particulier de prendre en compte l’archive dans ses dimensions scientifique (données,preuves), juridique (publique, privée), archivistique (documentaire, matérielle), historique (mémorielle, patrimoniale)”.
Le carnet de recherche ArchiSHS (Hypothèse)
Toujours dans le champ des archives des sciences humaines et sociales, signalons la dernière Lettre de l’IMEC, qui contient un important dossier coordonné par François Bordes sur les fonds d’archives de sciences humaines et sociales conservés à l’Abbaye d’Ardenne. Outre un entretien avec Philippe Artière, ce numéro présente la liste des fonds d’archives des chercheurs en SHS, philosophes et érudits conservés à l’IMEC.
Lettre de l’IMEC (n°12, automne 2010)
Dans le domaine des archives des universités, grandes écoles et organismes de recherche, un guide de l’AMUE (Agence de mutualisation des universités et établissement) vient de paraître, coordonné par le réseau AURORE (archivistes de universités, rectorats et organismes de recherche) et le CINES (Centre informatique nationale de l’enseignement supérieur). Ce guide méthodologique propose un ensemble de fiches sur la gestion des archives au sein d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche. Il est évolutif et a pour principale finalité d’apporter aux directions des établissements dépourvus d’un service archives les éléments indispensables à la conduite d’une réflexion menant à la mise en place d’une démarche cohérente de gestion des archives.
Guide AMUE “Gestion des archives au sein d’un établissement supérieur”
Pour ce qui est de la bonne vieille édition papier, deux livres ont retenu mon attention récemment au sujet des archives. Tout d’abord un ouvrage de Claude Huc, ancien animateur du groupe PIN (Pérennisation des Informations Numériques), au sujet de la conservation des archives électroniques. Encore un des ces ouvrages qui concernent uniquement les organismes et institutions de pointe ?!? Eh bien non, ce n’est pas du tout ça. Car Claude Huc s’adresse ici au particulier, au quidam qui ne s’intéresse pas à toutes ces questions mais qui s’y trouve de fait confronté au quotidien… Le titre de ce livre est très explicite : Préserver son patrimoine numérique – Classer et archiver ses e-mails, photos, vidéos, documents administratifs (Eyrolles, 324 p.).
Voici sa présentation :
“Votre patrimoine numérique est en danger : adoptez les bonnes pratiques et méthodes pour classer tous vos documents et les conserver à moyen ou long terme. Identifiez les périls qui guettent vos fichiers : changements de format et d’encodage, dégradation du support de stockage, virus… Distinguez les documents de travail de ceux, à conserver durablement. Organisez votre patrimoine numérique avec un arbre de référence. Préservez vos courriels à partir d’un webmail ou d’un client de messagerie. Choisissez votre stratégie de stockage et les supports appropriés à vos besoins. Constituez et sécurisez votre patrimoine numérique. Mettez à jour votre patrimoine selon sa croissance. Procédez à des vérifications régulières et renouvelez vos supports. Sauvegardez votre site web, blog, vidéos en ligne… ainsi que vos données présentes sur les réseaux sociaux.”
Un ouvrage semble-t-il indispensable. Et pour changer de style tout en restant dans le registre des archives – disons pour le chevet – je signale un petit ouvrage divertissant et interpellant de Maurice Olender : Matériau du rêve (IMEC, coll “Le Lieu de l’archive”, supplément à la Lettre de l’IMEC).
juillet 8, 2010
Revue de presse en retard
Voici plusieurs mois que ce blog est au point mort… Il faut dire que la préparation du déménagement de plusieurs centaines de mètres d’archives ne me laisse pas beaucoup de loisirs.
J’avais pourtant prévu depuis le mois de mars une revue de presse pour ce blog sur la « prise de conscience » récente des problèmes de la conservation à long terme des documents numériques par le grand public, à commencer par Pierre Assouline et son fameux blog La république des livres. Ce dernier évoque ce problème dans un message daté du 22 mars dernier intitulé « Les archives Rushdie victimes d’une fatwa numérique ». Il explique que Rushdie a récemment fait don de ses archives personnelles à l’Emory University d’Atlanta, comprenant 18 gigaoctets de données : « Le paradis annoncé des biographes, chercheurs et fouille-merde ». Un paradis qui s’avère être en réalité un véritable cauchemar, car la plupart de ces données ne sont plus lisibles, bien évidement !
Dans le même registre de la découverte d’un grave problème contemporain, Laurent Checola, journaliste du Monde, s’interroge sur le devenir des données numériques à l’épreuve du temps… L’intérêt de cet article, qui n’apprendra rien aux archivistes et autres professionnels de la gestion de l’information et de la documentation, réside dans un lien vers les conclusions d’un récent rapport de l’Académie des sciences donnant des recommandations sur la conservation à long terme des informations numériques. Ce qui me semble intéressant ici, au-delà du ton urgentiste des conclusions du rapport, c’est le point de vue prosaïque - mais néanmoins réaliste – du coût que représentent les sauvegardes des données personnelles des citoyens dans les années et décennies à venir. L’enjeu sociétal et patrimonial du « gage d’avenir » qu’est l’achive (J. Derrida) est bien par ailleurs économique et financier et il y a là un secteur de l’industrie de pointe à développer selon ce rapport.
Enfin, comment faire pour sensibiliser ses collègues à la préservation des données numériques ? J’avais abordé le sujet lors de la journée d’études du réseau AURORE en juin 2009 et l’idée suit son cours bon an, mal an. J’ai tout d’abord rédigé un petit topo à propos de l’archivage numérique sur le site Internet de mon service d’archives, dans sa rubrique « archivistique ». Par ailleurs, j’ai récemment rédigé avec un informaticien un petit topo paru dans la Lettre de l’EHESS, sur les vieux supports informatiques stockés ça et là dans les armoires et recoins obscurs de la Maison des sciences de l’homme de Paris, dont l’EHESS doit déménager à la fin de l’année. J’ai eu quelques retours positifs, mais je ne sais pas ce que ça a donné concrètement… Affaire à suivre donc. En attendant, bonnes vacances aux juillettistes !
Illustration : affiche réalisée par D. Fest pour le service des archives de l’EHESS.
mars 10, 2010
Lequier et le Grognard
Je n’ai pas eu l’occasion d’écrire sur ce blog ces derniers temps… Pris par le quotidien et par la publication du premier Cahier Jules Lequier, que j’ai coordonné via l’association des amis de Jules Lequier. Qui était Lequier ? Un philosophe français du 19ème siècle, né en 1814, mort en 1862, passionné et tourmenté par la question du libre arbitre et n’ayant rien publié de son vivant. Élevé dans la religion catholique telle qu’on la pratiquait naguère dans la campagne bretonne (cf. Souvenirs d’enfance et de jeunesse de Renan), ses parents ont très tôt décelé chez lui des aptitudes à l’étude et à la réflexion. Ainsi, après des études au collège Stanislas à Paris, Lequier est rentré à l’Ecole Polytechnique en 1834, où il a reçu une formation scientifique. Mais Lequier, avant d’être croyant et scientifique, était un philosophe et un poète… Bon, je m’arrête là. Pour ceux que ça intéresse, j’ai réalisé un essai biographique à son sujet, avec un choix de textes.
Tout ceci n’a pas grand chose à voir avec “l’archivistique numérique” doivent penser les (rares) lecteurs de ce blog… Il n’y a pas que ça dans la vie, suis-je tenté de répondre ! Néanmoins, je me suis récemment amusé à écrire un petit article sur le livre et le numérique, sous la forme d’un compte-rendu de deux livres parus récemment à ce sujet : La fin des livres d’Octave Uzanne (Mancius, 2008, réédition d’un texte paru initialement en 1894) et N’espérer pas vous débarrasser des livres, un entretien entre Umberto Eco et Jean-Claude Carrière (Grasset, 2009). Cet article se trouve dans le n°13 de la revue Le Grognard, une revue d’idées, de littérature et d’inactualités dont je recommande vivement la lecture.
Concernant les archives, j’aurai je l’espère l’occasion de rédiger prochainement une petite note de lecture sur deux ouvrages passionnants que je suis en train de lire : L’érudition imaginaire de Nathalie Piéguay-Gros (Droz, 2009) et L’erreur archivistique, un ouvrage collectif réalisé sous la direction de Cathy Schoukens et Paul Servais (Academia-Bruylant, 2009), à la suite du colloque de l’université de Louvain du 20 avril 2007.
octobre 13, 2009
Des fonds et documents en ligne de personnalités littéraires et scientifiques



Un peu de veille, concernant la mise en ligne d’inventaires de fonds et de documents de personnalités littéraires et scientifiques d’institutions françaises et étrangères…
Tout d’abord, les grandes institutions françaises. Et pour commencer la BNF, qui a mis en ligne son catalogue “Archives et manuscrits”, soit une partie des inventaires des manuscrits et des fonds d’archives conservés au département des Manuscrits, au département des Arts du spectacle (site Richelieu) et des manuscrits conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal. Cette mise en ligne est réalisée avec l’outil Pleade.
Du côté des Archives Nationales c’est la base BORA (archives privées) qui fait peau neuve, pour le plus grand plaisir des chercheurs. La navigation se fait par une recherche en plein texte ou via des cartes permettant d’effectuer des recherches dans des aires géographiques métropolitaines ou des départements et territoires d’outre mer. Vous constaterez qu’au niveau des DOM-TOM, seule la Nouvelle-Calédonie est représentée, avec notamment les archives du Missionnaire ethnologue Maurice Leenhardt (que j’ai eu la chance de voir en cours de classement il y a quelques années lors d’un stage aux archives de la Nouvelle-Calédonie). Et puisque mes collègues sont à l’origine du classement de ce fonds, je signale en passant la notice du fonds Robert Mandrou, célèbre historien de l’Ecole des Annales.
Dans le domaine des archives littéraires, la Bibliothèque Jacques Doucet offre depuis peu une très belle vitrine des fonds d’archives abrités dans ses murs. La description des fonds est souvent illustrée de portraits et signatures et parfois de documents numérisés. C’est le cas, par exemple, pour le fonds Charles Baudelaire illustré par des dessins du poète (qui en plus d’être un critique d’art était un artiste).
Toujours dans le domaine de la littérature, le service des archives de l’Université de Montréal a réalisé une exposition virtuelle à partir du fonds Louis Hémon qui vaut le détour. Louis Hémon est célèbre pour son roman Maria-Chapdelaine qui a été traduit dans de nombreuses langues, mais il est demeuré un personnage énigmatique et peu connu de son vivant.
Enfin, signalons un superbe site consacré à la numérisation du fonds d’archives du mathématicien et physiciens Ampère, conservé aux archives de l’Académie des sciences (projet réalisé par le Centre de recherche en histoire des sciences et des techniques CAK/CRHST). Avec Ampère la science rejoint la littérature, car ce site nous apprend que ce dernier était aussi un poète romantique…
Illustrations :
Charles Baudelaire par Etienne Carjat.
Louis Hémon en 1911, à l’âge de 31 ans fumant sa pipe (Service des archives de l’Université de Montréal, cote P0109/F1,0023)
Maurice Leenhardt en 1953 (photo en provenance du site Rosada)
juin 22, 2009
A l’abri de l’oubli

Je suis allé faire un tour au Salon international du livre ancien de Paris ce week-end. La Bibliothèque et les Archives nationales du Québec était l’invité d’honneur de ce salon. Des grands panneaux de photographies des archives québécoises plantaient le décor, en haut des escaliers du hall du Grand Palais, au dessus des kiosques dédiés aux livres anciens et aux estampes.
Après avoir contemplé de bien belles choses dans les vitrines des libraires (lettres de Chateaubriand et de René Char estampes d’Hiroshige et d’Henri Rivière), je suis tombé sur le stand de la Bibliothèque et des Archives nationales du Québec. Y étaient exposés des œuvres choisies parmi les collections tant pour leur intérêt historique que pour leur valeur esthétique, ce salon étant dédié à un public bibliophile, amateur de beaux documents. Parmi ces documents était exposé un des premiers livres imprimés au Québec en langue amérindienne, datant de 1767.
Sur une table étaient présentés des ouvrages et fascicules réalisés par la Bibliothèque et les Archives nationales du Québec. Un petit document, intitulé « A l’abri de l’oubli, petit guide de conservation des documents personnels et familiaux » a plus particulièrement retenu mon attention. L’idée de ce guide, d’un design très sympathique, est d’offrir aux citoyens du Québec un plan de classement et des consignes de conservation et de tri des documents personnels, conservés à la maison.
Nous avons tous chez nous des boîtes, dossiers ou classeurs contenant nos documents vitaux (correspondance, fiche de paie…) et des boîtes de documents sentimentaux (photographies, lettres, tickets de visites ou de concerts…) dont la taille varie en fonction des habitudes et du lieu d’habitation de chacun. Nous conservons soigneusement ces documents car ils sont utiles pour prouver nos droits et pour se remémorer des évènements passés. Mais que faire du reste (factures, contrats…) qui encombre nos armoires et nos greniers ? Ce guide de conservation des documents personnels et familiaux, outre son aspect ludique et sympathique a le grand intérêt de ne rien laisser de côté, y compris au niveau des documents sur support informatique (il donne notamment des conseils au sujet de la conservation des CD et des DVD).
Un beau cadeau à faire à la veille d’un déménagement !
À l’abri de l’oubli – Petit guide de conservation des documents personnels et familiaux – Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2008. 64 pages, ISBN 978-2-551-23701-2 (7 euros)

![Affichefinale54(end) [800x600]](http://enattendantmnemosyne.files.wordpress.com/2010/07/affichefinale54end-800x600.jpg?w=212&h=300)
