« The ghost writer » ou le pouvoir des archives

Consciemment ou inconsciemment, les spectateurs du dernier long-métrage de Roman Polanski The ghost writer n’ont pas pu ne pas se poser la question des archives. Car le héros du film, magnifiquement interprété par Ewan Mac Gregor, a l’impossible mission d’écrire la vie d’un ancien premier ministre britannique à partir de… Rien ! Un rien (ou plutôt un quasi-rien) qui veut dire beaucoup.

Dans un contexte ultraconfidentiel, on le missionne de travailler à partir d’une biographie réalisée par un premier nègre, mort mystérieusement en laissant derrière lui un manuscrit édulcoré sur la vie du fameux premier ministre (interprété avec brio par Pierce Brosnan). Il existe certes une clé USB, mais le « ghost writer » a interdiction de s’en servir. Comment écrire la vie d’un homme politique contemporain sans avoir accès à des archives ? Cette question, posée lors de la journée d’études de l’AAF sur les archives de hommes politiques (dont les Actes ont été publiés sous la forme d’un n° spécial de la Gazette des archives) est centrale dans ce film. Les archives sur support traditionnel sont presque inexistantes dans le thriller de Polanski, en dehors des quelques photographies retrouvées par le héros du film par hasard et qui se révèlent être d’une grande importance dans le déroulement de son enquête. Ces photographies proviennent d’un service d’archives ou d’un fonds qui porte le nom du premier ministre, ce qui prouve bien que des archives existent, mais il n’en est jamais fait mention.

Si les archives sur support traditionnel sont inexistantes, les informations consignées sur des supports numériques foisonnent. Outre la mystérieuse clé USB, deux petits enregistreurs numériques sont là pour enregistrer la parole : celui qu’utilise le héros pour enregistrer les histoires rocambolesques du premier ministre (afin d’écrire sa biographie) et celui d’un agent secret du gouvernement britannique qui enregistre malgré lui les paroles du héros. Il y a d’autre part Internet et Google, qui donnent accès à des « archives » en lignes, sur des personnes impliquées dans de sombres affaires de la CIA.

The ghost writer pose la question de l’éthique communicationnelle dans une société dont les moyens de communication permettent de dire le vrai comme le faux, de dénoncer l’injustice tout en étant à la tête de réseaux de corruption… Le tout sans possibilité pour les citoyens de vérifier l’honnêteté des informations. Ce film pose plus précisément la question du pouvoir inhérent au contenu informationnel des archives d’attester la vérité de faits qui ont eu lieu ou de contester des informations qui ne sont que des affabulations. Et le problème soulevé dans ce film est précisément l’absence d’archives. Pour ces raisons, et pour son ambiance à la Hitchcock, je recommande ce film.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s