Archives pour la catégorie recherche

Journée d’étude 2018 de la section AURORE de l’Association des Archivistes Français : « Archives en partage, fusions, associations, gestion mixte », Université de Strasbourg (12/10/2018)

Appel à communication 

La section Aurore (archives des universités, rectorats, organismes de recherche et mouvements étudiants) de lAssociation des archivistes français organise sa journée d’étude annuelle sur le thème des Archives en partage le 12 octobre 2018 à l’Université de Strasbourg.

Le domaine de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche français connaît un bouleversement structurel et organisationnel sans précédent depuis quelques années, du fait d’une logique de concurrence internationale et de réorganisation à l’échelle nationale. En moins de dix ans, deux lois ont été adoptées et ont commencé à produire des effets majeurs sur l’Université, les établissements et les rectorats.

De la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) du 10 août 2007 à la loi Enseignement supérieur et recherche du 22 juillet 2013, ce sont successivement les responsabilités et compétences élargies, la création des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), la modification substantielle de la composition et du fonctionnement des instances universitaires, la réforme du Code de la Recherche en direction de la valorisation qui se sont appliqués. Au niveau des rectorats, ce mouvement a vu la création des dix-sept régions académiques et la redéfinition des attributions des recteurs désormais à même d’administrer les académies de leur ressort, illustrant ainsi une logique de régionalisation.

Dans ce mouvement, le secteur de la recherche apparaît emblématique tant il est porté par la mouvance des tutelles, la mobilité des chercheurs, le renouvellement des méthodes et outils de travail et d’évaluation. Par ailleurs, la mixité des structures de recherche, instaurée de longue date en France avec la création des Unités mixtes de recherche et de service, tend à se développer de nos jours à l’échelle des établissements d’enseignement supérieur et de recherche (ESR), ainsi qu’en témoigne la création et le développement des Initiatives d’excellence (IDEX).

La présente journée d’étude se propose d’analyser la manière dont les services d’archives s’inscrivent dans ce paysage et comment ils s’adaptent à la logique des grands ensembles qui prévaut en 2018. En acquérant de nouvelles compétences, en changeant radicalement d’échelle d’action, les universités et établissements font face à des mutations rapides et profondes, qui impactent leurs archivistes et records manager.

 

L’appel à contribution invite à réfléchir sur les 3 axes suivants :

  1. Problématique générale : aspects historiques, juridiques et réglementaires

Impacts des réformes législatives : Loi LRU du 10 août 2007, Responsabilités et compétences élargies, Loi Enseignement supérieur et recherche du 22 juillet 2013, création des ESPE, création des 17 régions académiques : Comment les périmètres des établissements ont-ils été redéfinis ? Quels sont les impacts de la redistribution des compétences ?

Documenter les regroupements d’établissements : quelles sources pour la Recherche actuelle et future ? Quel est le rôle des archivistes de l’ESR, en relation avec la section AURORE de l’AAF ?

  1. Fusions, associations et regroupements d’établissements : conséquences sur la fonction archives

L’activité des services au quotidien : Quels sont les impacts d’un regroupement d’établissements sur leurs archives ? Quelles sont les pistes de réflexion pour la gestion des archives des établissements issus de regroupements ? Quels impacts sur un service ayant à travailler sur plusieurs sites ?

Le lien entre les services d’archives des établissements (Universités et Rectorats) et leur contrôle scientifique et technique : quelles sont les possibilités de collaboration ?

  1. Les archives de la Recherche : une gestion mixte, un partage des compétences

La mixité des structures de recherche : quelle gouvernance des archives de la recherche ?  Quels sont les freins ou les moteurs concourant à une bonne gestion de ces archives ?

La gestion des documents et données de la recherche, partagée sur le plan des profils et compétences entre les archivistes, bibliothécaires et personnels en charge du patrimoine et des collections des centres et laboratoires de recherche : Comment se fait ce partage du travail entre des personnels si variés ? Va-t-on vers une convergence ou plutôt vers un éparpillement des tâches ? Que faut-il espérer pour l’avenir ?

 

Informations pratiques :

Veuillez adresser votre proposition à l’adresse mail suivante : jeaurore2018@gmail.com

Les contributions, qui auront 200 mots maximum, seront envoyées au comité scientifique avant le 18 mai 2018.

Une réponse sera donnée aux contributeurs retenus aux alentours du 15 juin 2018 et ils participeront à la journée d’étude du 12 octobre 2018 à Strasbourg.

Les frais de transports et d’hébergement pourront être pris en charge partiellement ou en totalité par l’AAF.

 

Le Comité scientifique :

Président : Goulven LE BRECH

Membres :

Elisabeth BELLON (Archives de la Maison René Ginouvès), François BONNEAU (Archives du Rectorat de Dijon), Sébastien CHETANNEAU (Archives de l’Université de Nantes), Camille DESENCLOS (Université de Haute-Alsace), Françoise HIRAUX (Archives de l’Université catholique de Louvain), Jocelyn PERRADIN (Archives Départementales du Bas-Rhin), Laurence PERRY (Archives Eurométropole Strasbourg), Anne ROHFRITSCH (Archives Nationales), Benjamin RULLIER (Archives de l’Université Rennes 1), Marie STAHL (Archives de l’Ecole française d’Athènes)

Le comité d’organisation :

Lucile SCHIRR, archiviste à l’Université de Strasbourg : schirr@unistra.fr, 03.68.85.11.51

Pierre CHAMARD, archiviste à l’Université Lumière Lyon 2 : pierre.chamard@univ-lyon2.fr, 06.74.07.34.64

Appel à communication à télécharger (format Pdf) :

JE_AURORE_2018_appel_communication

 

Publicités

Archivistes de 2030

Archivistes_2030

J’ai le plaisir, et l’honneur, de participer à l’ouvrage collectif de réflexions prospectives en archivistique ; Archivistes de 2030, publié par l’Université catholique de Louvain.

Quatrième de couverture :

Au cours du dernier demi-siècle les archives ont subi un ensemble de modifications majeures, qu’elles concernent leurs contextes de production, leur nature, leurs conditions de conservation ou leurs modalités d’utilisation et de valorisation.

Chacune de ces mutations affectent immédiatement l’action et la position de l’archiviste, constituant un ensemble de défis que la profession doit relever, tant au niveau de la manière dont s’exercent les responsabilités, anciennes ou nouvelles, qu’en matière de formation, de communication, de promotion ou de partenariat.

En préparation aux Journées des Archives des 23 et 24 avril 2015, trente-cinq archiviste ont accepté de partager leurs réflexions sur le thème « L’archiviste dans quinze ans ». Directeurs d’archives nationales, professeurs d’archivistique, archivistes à différents niveaux du secteur public ou œuvrant dans le secteur privé, gestionnaires d’information ou archivistes patrimoniaux, en activité ou récemment « officiellement » retraités, archivistes d’entreprises, d’universités, responsable d’archives urbaines ou de centres d’archives privés, actifs dans les organisations professionnelles nationales et/ou internationales, blogueurs confirmés, ils constituent un échantillon particulièrement riche des différentes possibilités et milieux d’action de l’archiviste. Et c’est en tant que tel, et en fonction de leur(s) expérience(s) ou de leur lieu d’observation du métier et de la profession, qu’ils proposent à la réflexion de chacun une gamme particulièrement large de points de vues.

Ouvrage coordonné par Paul Servais (professeur ordinaire d’histoire et d’archivistique à l’Université catholique de Louvain) et Françoise Mirguet (historienne, archiviste et directrice-adjointe du service des Archives de l’Université catholique de Louvain).

Archivistes de 2030, réflexions prospectives
L’Harmattan, collection « Academia », 2015, 427 p.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=45801

Le laboratoire de Gabriel Tarde

le-laboratoire-de-gabriel-tarde-sous-la-direction-de-louise-salmon

Après l’atelier de Louis Guilloux et celui de Marcel Mauss (voir post du 11/02/14) un livre vient d’être publié sur le « laboratoire » du sociologue Gabriel Tarde (1843-1904).

Atelier, laboratoire… Il s’agit dans les deux cas d’évoquer la matière documentaire excédant l’œuvre publiée d’un homme de sciences ou de lettres : ses archives, sa bibliothèque et ses collections documentaires (articles, tirés à part). L’intérêt de ce livre, qui est une publication conjointe des inventaires des archives et de la bibliothèque de Tarde, réside dans son objet même : présenter un sociologue français via sa production documentaire. Il appert que les archives des grands représentants de la sociologie française n’ont pas, jusqu’alors, suscité de monographies de ce type, regroupant instruments de recherche et analyse des archives. Peut-être est-ce dû à un manque de visibilité de ces fonds d’archives au sein du monde de la recherche en sciences humaines et sociales.

Concernant le fondateur de la sociologie au 19ème siècle, un ensemble documentaire existe à la Maison Auguste Comte (Paris), dénommé « fonds d’archives positivistes (manuscrits, correspondance entre disciples positivistes, documents personnels) » (voir le site Internet). Pour la sociologie de l’entre deux guerre, il n’existe semble-t-il pas de fonds de deux grands représentants que sont Émile Durkheim et Max Weber. Il existe cependant plusieurs fonds d’archives du sociologue Célestin Bouglé (à la BNF, à la BDIC et à la Bibliothèque Lettres et sciences humaines de l’ENS) et des fonds d’archives de Maurice Halbwachs et Roger Bastide à l’IMEC. En ce qui concerne les grands représentants de l’après-guerre, plusieurs fonds existent dont certains sont classés et accessibles aux chercheurs. C’est le cas du fonds Raymond Aron, conservé à la BNF, qui a été classé et dont l’instrument de recherche a fait l’objet d’une publication. Le service des archives de l’EHESS a collecté un nombre important de fonds de sociologues de l’après-guerre, dont certains ont créé et dirigé les premiers centres de recherche en sociologie (Georges Gurvitch, Alain Touraine, Raymond Boudon pour ne citer que les plus célèbres). Notons enfin que des archives du sociologue Michel Crozier se trouvent dans le fonds d’archives du Centre de sociologie des organisations (CNRS/Sciences Po), collecté par les archivistes du CNRS et conservé aux Archives Nationales.

Cette petite liste des archives des sociologues est loin d’être exhaustive. Elle témoigne de la diversité des lieux de conservation des fonds d’archives des sociologues et du manque de visibilité de ces fonds. Pour cette raison, nous saluons cette publication sur le laboratoire de Gabriel Tarde, qui pourrait servir d’exemple. Les archives et livres de Tarde se trouvaient originairement à La Roche Gageac (Dordogne), où, tel Montaigne à Bordeaux, le sociologue conservait sa documentation dans la tour d’un manoir familial. De nos jours, les archives et la bibliothèque ont quitté leur lieu de conservation originaire et sont séparés géographiquement : le fonds d’archives Tarde est conservé par le Centre d’histoire de Sciences Po (Paris) et la bibliothèque se trouve au Centre de ressources sur l’histoire des crimes et des peines (CRHCP) de l’École nationale d’administration pénitentiaire (Agen).

L’ouvrage est préfacé par le sociologue et philosophe Bruno Latour, qui résume en quelques pages l’intérêt suscité par les travaux de Gabriel Tarde pour les sociologues contemporains cherchant à dépasser le hiatus entre les deux grands courants de pensée qui ont divisé les sociologues depuis le début du 20ème siècle (holisme VS individualisme méthodologique). Bruno Latour explique en quoi Tarde a été novateur, s’inspirant notamment de la monadologie de Leibnitz, en pensant la sociologie en terme de relation et en évitant ainsi les concepts antinomiques d’individu et de société. De nos jours, les grands représentants du holisme méthodologique occupent le devant de la scène sociologique et le nom de Tarde demeure inconnu du grand public… « Il n’y a rien de nécessairement juste dans la manière expéditive dont l’histoire élimine ses penseurs » explique Bruno Latour, qui termine son avant-propos en émettant le vœu que l’accès aux manuscrits et à la bibliothèque de Gabriel Tarde « enrichira la connaissance de l’œuvre publiée et permettra de continuer de penser avec lui. »

L’ouvrage, coordonné par Louise Salmon, en plus de l’inventaire des archives et de la bibliothèque, présente l’historique du traitement des archives et propose une passionnante analyse de l’exploitation du fonds.

Le laboratoire de Gabriel Tarde, Des manuscrits et une bibliothèque pour les sciences sociales, sous la direction de Louise Salmon, CNRS éditions, 2014, 446 p.

Des ego-archives

Je publie ce soir mon compte-rendu de lecture du livre de Patrice Marcilloux,Les ego-archives, traces documentaires et recherche de soi, publié dans le Bulletin des bibliothèques de France (BBF, n°1, mars 2014).

____

L’objet de ce livre est d’analyser la place désormais prépondérante des archives non plus seulement dans la société de l’information mais dans la vie intime des individus qui composent la société civile. Il s’agit d’une enquête, menée par un archiviste paléographe et conservateur du patrimoine, maître de conférences en archivistique, d’un point de vue sémantique, sociétal et éthique.

Des archives à l’archive

Dans le chapitre introductif, « Présence et visibilités des archives : regard des autres et décalage de perceptions », Patrice Marcilloux analyse ce que recouvre la notion d’archives à l’aide des moyens modernes de la lexicologie. Il interroge les fréquences relative et absolue du mot « archives » dans quatre corpus lexicaux : A Frequency Dictionary of French, Corpus français de Leipzig, Lexique 3.55 et le Trésor de la langue française. Sa conclusion est que le terme « archives » appartient de nos jours au lexique général, « fonds commun à tous les locuteurs, dont l’usage n’est assujetti ni à un temps ni à un lieu  ni à niveau de langue » (p. 20). Le champ sémantique des archives, minutieusement décomposé, s’avère  riche et très diversifié, laissant libre court à la création et à l’imaginaire, comme en témoigne par exemple l’expression « archivistorique » choisie par les archives municipale de Béthune pour intituler leur bulletin d’information. Est en outre analysé le récent glissement orthographique du pluriel « archives » au singulier « archive ». Ce singulier, d’une grande variété de sens dans ses utilisations philosophiques et épistémologiques, s’avère être un outil métaphorique de premier ordre des intellectuels de la « French Theory » (Derrida, Foucault, Deleuze).

Utilités et demandes sociales

En 2014, les archives n’appartiennent plus seulement aux historiens et aux généalogistes ; elles  participent du quotidien du quidam, apprenti généalogiste ou simple curieux. Patrice Marcilloux explique notamment le passage récemment opéré de la généalogie à l’autobiographie. Au-delà de l’arbre généalogique de sa famille, l’individu en quête de ses origines se sert désormais des archives pour retracer sa propre histoire personnelle. Et, dans les cas de personnes ayant perdu leurs parents en bas-âge, à la recherche de leur passé « la quête des archives peut être un tuteur de résilience » (p. 84). Car cette quête des archives de soi a pour vocation d’agir sur la vie de l’individu, de l’aider à se construire. Ainsi qu’en témoignent plusieurs exemples de l’enquête, quelques traces laissées par des parents absents dans les archives d’une administration – lettres, fichiers, photographies – peuvent permettre à l’individu de se bâtir une histoire personnelle. Cette quête des origines implique en contrepartie une revendication accrue des individus pour la communication des documents les intéressant, notamment l’accès aux archives médicales.

Du fait de ces nouvelles utilités sociales, les archives ne distinguent plus comme par le passé des autres secteurs d’activités patrimoniales. Les conséquences de l’attention accrue des individus pour les archives sont les même que celles constatées pour les œuvres d’art et les livres… Comme les œuvres d’art, les archives acquièrent dorénavant une valeur marchande et sont sources de spéculation. Patrice Marcilloux donne l’exemple de la société Aristophil, propriétaire du Musée des lettres et des manuscrits (Paris), qui propose à ses actionnaires de faire des placements en achetant des lettres de Monet, Napoléon, Cézanne, Louis XIV ou Napoléon. Par ailleurs, comme les livres, de nombreux documents d’archives ayant été numérisés sont maintenant consultables en ligne (actes d’état civil, cadastres, etc.). Les sites des services des archives publiques, bien qu’ils fournissent de grands nombre de documents numérisés, sont concurrencés par les sites de sociétés privées spécialisées en généalogie.

Outre les documents familiaux, la question de l’accès aux données publiques se pose avec acuité de la part des cyber-citoyens, très informés de leurs droits et des devoirs de la société à leurs égards. Les adeptes de la réutilisation de données publiques se fédèrent au sein de groupement de plus en plus nombreux et variés, et militent pour un accès accru et simplifié aux données publiques, dans une perspective de droit à l’information. Patrice Marcilloux souligne par ailleurs l’omniprésence des  images d’archives dans les documentaires historiques diffusés à la télévision. Cette omniprésence implique une commercialisation desdites images et une politique de rentabilité commerciale de la part des sociétés les détenant.

De nouveaux champs d’investissement archivistiques

Le chapitre 3 de l’ouvrage ; « Demandes sociales : pour une archivistique de l’émergence », aborde deux champs récent d’investissement archivistiques : les archives des communautés et le archives de l’art. Les archives de communauté sont apparues assez tardivement en France si on compare la situation à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et aux Canada où des « community archives » existent depuis les années 1970. En France, elles sont au départ le fruit d’un travail de collecte et de conservation d’archives d’associations homosexuelles, telles que l’association « Archives, recherches et cultures lesbiennes » créées en 1983. Plus tardivement, des communautés se sentant spoliées par la mise en vente d’archives sur la colonisation en Afrique noire, ont revendiqué leur droit et « la prise en charge de la demande archivistique de nature communautaire par la sphère publique, si possible par les institutions archivistiques et patrimoniales normalement compétentes » (p. 143). Patrice Marcilloux souligne le fait que cette sollicitation communautaire des archives s’insère dans un contexte technique et sociétal qui le renforce : le déploiement des réseaux sociaux et du Web communautaire.

Dans le domaine de l’art, il convient de distinguer l’approche des archives par les artistes, de la gestion des archives artistiques (archives d’artistes, d’institutions et d’évènements artistiques). Dans la première perspective, il est dorénavant reconnu qu’un véritablement mouvement artistique est né de la confrontation d’artistes au « matériau archives » et au concept d’archive, qui a donné naissance à une tendance majeure de l’art contemporain international des années 2000. Dès 1972, Pierre Alechinsky réalisait un ensemble de dessins sur des documents notariés du XVIIe siècle et autres documents anciens. Mais c’est Christian Boltanski, dont il est beaucoup question dans le livre, qui figure comme un artiste majeur dans ce domaine. En ce qui concerne la gestion des archives de l’art comme substrat d’une activité artistique, Partice Marcilloux insiste en particulier sur la danse contemporaine. Ce domaine a en effet la particularité d’avoir été pendant longtemps opposé à toute démarche de mise en archives ; la patrimonialisation allant pour les praticiens de cet art à rebours de leur idée de la création. Néanmoins, un besoin nouveau, axé sur des idées de redéploiement des performances artistiques, a fait naître un intérêt inédit pour les archives dans ce domaine, intérêt qui n’est pas sans rappeler la démarche de réutilisation des archives dans le domaine de la recherche scientifique.

Emergence de l’ego-archiviste

L’enquête de Patrice Marcilloux aborde enfin la place et le rôle des archives dans les sociétés postcommunistes. Il souligne la particularité d’institutions créées spécifiquement pour le traitement et la conservation des archives issues des régimes non démocratiques, et la création de commissions dites « de vérité et réconciliation » dont le rôle est avant tout moral.

Dans ce domaine comme dans les autres domaines précédemment abordés, se pose la question de la signification de cet état de fait pour l’archiviste. Dans notre monde où les archives sont partout, et plus seulement dans les murs des institutions patrimoniales, quelle place reste-t-il à l’archiviste ? Selon Patrice Marcilloux il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de ce changement sociétal mais plutôt y voir la marque d’un renouveau paradigmatique digne d’un grand intérêt pour les archivistes et autres professionnels de la documentation. Adoptant un point de vue sociologique, il précise dans sa conclusion que « plus que jamais, les archives s’affirment comme un espace intermédiaire entre l’individu et la société » (p. 208). Cette individualisation du rapport aux archives est porteuse de sens, car il permet de dépasser le hiatus entre l’individu et la société. « Dans une société ou l’individu se définit davantage par les épreuves qu’il subit que par ses caractéristiques sociales, où le culte de soi peut conduire à l’insatisfaction existentielle et aux « pathologies de la modernité », les archives sont et seront des supports de restauration de l’estime de soi et de réparation des blessures narcissiques » (p. 209). Dans cette vision optimiste des archives contemporaines, le rôle des archivistes, comme guides et passeurs de leurs savoirs et compétences, acquiert un sens éthique et existentiel jusqu’alors ignoré ou sous-évalué.

Les ego-archives, traces documentaires et recherche de soi, Patrice Marcilloux, PUR, 2013, 250 p.