L’archive – O arquivo

27351100705050L

Le dernier numéro de la revue Sigila, revue transdisciplinaire franco-portugaise sur le secret, consacre son dossier principal à l’archive.

http://www.editions-msh.fr/livre/?GCOI=27351100705050

J’ai eu le plaisir d’y publier un texte de réflexions autobiographiques sur « La vie secrète de l’archiviste ». Et j’ai aussi eu le plaisir d’en faire un petit article-compte rendu pour Ent’revues (le journal des revues culturelles).

http://www.entrevues.org/aufildeslivraisons/sigila-36-larchive-o-arquivo/

Publicités

Vers une archivistique pragmatique et intégrée

Je viens de mettre en ligne mon article « Vers une archivistique pragmatique et intégrée ». Il s’agit d’une réflexion sur la pratique archivistique contemporaine, qui aborde :

  • La question des procédures de description des fonds d’archives : comment adapter le travail des archivistes dans un environnement hybride, à la fois papier et numérique ?
  • Le rôle de l’auto-évaluation de la qualité du service rendu aux usagers des services d’archives : qu’est-ce que l’expertise des professionnels des bibliothèque peut apporter ?
  • Le leadership de l’archiviste au sein du continuum documentaire contemporain : quel est le rôle de l’archiviste dans une organisation souhaitant gérer ses documents d’activité en plus de ses archives ?

Pour le lire, cliquer sur le lien ci-dessous :

https://www.academia.edu/15345250/Vers_une_archivistique_pragmatique_et_int%C3%A9gr%C3%A9e

« Quelle mémoire pour l’éducation et la recher­che ? Sélection et tri des archi­ves, docu­ments et don­nées », Journée d’étude de la section AURORE de l’AAF le 5 novem­bre 2015

Journée interne du 5 novem­bre 2015
réser­vée aux mem­bres de la sec­tion Aurore

08h30 : Accueil
09h00 : Ouverture
Jean MILLERAT – Directeur de l’Innovation, CNED
Nadège GOHIER – Archiviste, res­pon­sa­ble de pro­gramme, CNED
Charlotte MADAY – Présidente de la sec­tion AURORE, res­pon­sa­ble du bureau des archi­ves, Université Paris-Diderot

09h30 : 1ère ses­sion : Réglementation et poli­ti­ques d’entrée
Président : Fabien OPPERMANN – Chef de la mis­sion des archi­ves et du patri­moine cultu­rel,
Ministères de l’Education natio­nale, de l’Enseignement supé­rieur et de la Recherche
09h30 : Les cir­cu­lai­res de tri des archi­ves des ser­vi­ces et établissements concou­rant à l’Éducation natio­nale et à la recher­che (1932-2015)
Ludovic BOUVIER – Adjoint à la res­pon­sa­ble du ser­vice des archi­ves, Rectorat de Paris
Stéphanie MECHINE – Responsable du ser­vice des archi­ves, Rectorat de Paris
09h50 : Pour une appro­che sélec­tive de la col­lecte des archi­ves contem­po­rai­nes : la métho­do­lo­gie en usage aux Archives dépar­te­men­ta­les de la Savoie
Sylvie CLAUS – Directrice-adjointe, Archives dépar­te­men­ta­les de la Savoie
10h10 : Les archi­ves de l’Éducation aux Archives dépar­te­men­ta­les de la Gironde (de 1930 à nos jours)
Pascal GENESTE – Directeur-adjoint, res­pon­sa­ble de la col­lecte et du trai­te­ment des fonds, Archives dépar­te­men­ta­les de la Gironde
10h30 : Questions et pause

11h00 : 2ème ses­sion : Trier, une pra­ti­que au cas par cas
Président : Myriam FAVREAU – Chef du ser­vice des Archives, Région Poitou-Charentes
11h00 : Etude du cas de la cons­truc­tion d’établissements d’ensei­gne­ment supé­rieur à la Région Ile-de-France
Pierre-Régis DUPUY – Archiviste, Région Ile-de-France
11h20 : Collecte et tri des archi­ves scien­ti­fi­ques d’un centre de recher­che nucléaire : retour d’expé­rience de la cel­lule archi­ves du centre du CEA de Marcoule
Frédérick LAMARE – Responsable de la cel­lule archi­ves du centre de Marcoule, Direction de l’Energie Nucléaire (DEN) du Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alter­na­ti­ves (CEA)
11h40 : Sélectionner les don­nées pour l’archi­vage : réflexions et pra­ti­ques au sein de la pla­te­forme PAC du CINES
Lorène BECHARD – Archiviste, Centre Informatique National de l’Enseignement Supérieur (CINES)
12h00 : Questions

12h15 : Repas

13h45 : 3ème ses­sion : La sélec­tion, une ques­tion de négo­cia­tion
Président : Goulven LE BRECH – Responsable de la Mission Archives, Sciences Po, Paris
13h45 : L’astro­phy­si­cien et l’archi­viste : un exem­ple de col­la­bo­ra­tion entre archi­viste et cher­cheur
Marie-Agnès DUBOS – Archiviste, Observatoire de Paris
14h05 : Évaluer les archi­ves de la dif­fu­sion et de la valo­ri­sa­tion des savoirs : étude de cas
Julien POMART – Responsable du Pôle Archives, fon­da­tion Maison des Sciences de l’Homme, Paris
14h25 : Patrimoine et déma­té­ria­li­sa­tion : un projet global de conser­va­tion de la mémoire à l’uni­ver­sité François-Rabelais de Tours
Anne AZANZA-SANCIAUD – Vice-pré­si­dente délé­guée au patri­moine, direc­trice-adjointe du ser­vice commun de docu­men­ta­tion, Université François-Rabelais de Tours
Lucie LEPAGE – Archiviste, Université François-Rabelais de Tours
14h45 : Questions et pause

15h15 : 4ème ses­sion : Les rai­sons de la col­lecte
Président : Fabrice VIGIER – Maître de confé­ren­ces en Histoire, res­pon­sa­ble du diplôme d’uni­ver­sité « Archives et métiers des Archives », Université de Poitiers
15h15 : Sauvegarder la mémoire des citoyen­ne­tés étudiantes et uni­ver­si­tai­res. Quelles sélec­tions pour quels usages ?
Ioanna KASAPI – Etudiante en master II pro­fes­sion­nel « métiers des archi­ves » à l’Université Paris VIII, archi­viste sta­giaire à la Cité des Mémoires Etudiantes
15h35 : Histoire de l’émergence d’un champ de recher­che en éducation : de la cons­ti­tu­tion d’une mémoire asso­cia­tive à la publi­ca­tion d’une recher­che inter uni­ver­si­taire
Françoise LAOT – Professeure des uni­ver­si­tés en socio­lo­gie (HDR) à l’Université de Reims Champagne Ardennes, direc­trice du Centre d’études et de recher­ches sur les emplois et les pro­fes­sion­na­li­sa­tions (CEREP), pré­si­dente du Groupe d’études – Histoire de la for­ma­tion des adul­tes (GEHFA)
15h55 : Questions

16h05 : Le groupe de tra­vail « Cadre métho­do­lo­gi­que » de la sec­tion AURORE : réflexions et échanges autour d’une har­mo­ni­sa­tion des pra­ti­ques d’échantillonnage
Élisabeth HELY-DESCHAMPS – Responsable du ser­vice des archi­ves, Université Paris Dauphine, ani­ma­trice du groupe de tra­vail de la sec­tion AURORE sur le cadre métho­do­lo­gi­que pour l’évaluation, la sélec­tion et l’échantillonnage des archi­ves publi­ques (comité inter­mi­nis­té­riel aux Archives de France, juillet 2014)
16h20 : pause

16h30 : Conclusion
Benoît JULLIEN – Directeur des Archives dépar­te­men­ta­les de la Vienne

17h00 : Fin de la jour­née d’étude.

Lieu :

Université de Poitiers (matin)
Services cen­traux, Bâtiment E5
15 rue de l’Hôtel Dieu – 86073 Poitiers
Rectorat de Poitiers (après-midi)
22 rue Guillaume VII le Troubadour – 86022 Poitiers (salle de réu­nion 1 – France Bloch-Serazin)

Centre natio­nal d’ensei­gne­ment à dis­tance (CNED)
2, avenue René Cassin
86360 Chasseneuil-du-Poitou
Accessible en 30 min. depuis Poitiers par les lignes de bus 1, 1E et 1b
(arrêts : Gare SNCF et Téléport 2)

Contacts :
Contact établissements d’accueil : Alice Donnadieu
Rectorat de l’aca­dé­mie de Poitiers- DSDEN de la Vienne
22 rue Guillaume VII le Troubadour – 86022 Poitiers
Tél. : 05.16.52.63.97
Courriel : alice.don­na­dieu@ac-poi­tiers.fr

Contact AURORE : Florian Marie
Rectorat de l’aca­dé­mie d’Orléans-Tours
21 rue Saint-Etienne – 45000 Orléans
Tél. : 02.38.79.45.89
Courriel : flo­rian.marie@ac-orleans-tours.fr

Contact Association des archi­vis­tes fran­çais (AAF)
8 rue Jean-Marie Jégo – 75013 Paris
Tél : 01.46.06.39.44
Courriel : secre­ta­riat@ar­chi­vis­tes.org

Lien : http://www.archivistes.org/Journee-d-etude-de-la-section-2526

Archivistes de 2030

Archivistes_2030

J’ai le plaisir, et l’honneur, de participer à l’ouvrage collectif de réflexions prospectives en archivistique ; Archivistes de 2030, publié par l’Université catholique de Louvain.

Quatrième de couverture :

Au cours du dernier demi-siècle les archives ont subi un ensemble de modifications majeures, qu’elles concernent leurs contextes de production, leur nature, leurs conditions de conservation ou leurs modalités d’utilisation et de valorisation.

Chacune de ces mutations affectent immédiatement l’action et la position de l’archiviste, constituant un ensemble de défis que la profession doit relever, tant au niveau de la manière dont s’exercent les responsabilités, anciennes ou nouvelles, qu’en matière de formation, de communication, de promotion ou de partenariat.

En préparation aux Journées des Archives des 23 et 24 avril 2015, trente-cinq archiviste ont accepté de partager leurs réflexions sur le thème « L’archiviste dans quinze ans ». Directeurs d’archives nationales, professeurs d’archivistique, archivistes à différents niveaux du secteur public ou œuvrant dans le secteur privé, gestionnaires d’information ou archivistes patrimoniaux, en activité ou récemment « officiellement » retraités, archivistes d’entreprises, d’universités, responsable d’archives urbaines ou de centres d’archives privés, actifs dans les organisations professionnelles nationales et/ou internationales, blogueurs confirmés, ils constituent un échantillon particulièrement riche des différentes possibilités et milieux d’action de l’archiviste. Et c’est en tant que tel, et en fonction de leur(s) expérience(s) ou de leur lieu d’observation du métier et de la profession, qu’ils proposent à la réflexion de chacun une gamme particulièrement large de points de vues.

Ouvrage coordonné par Paul Servais (professeur ordinaire d’histoire et d’archivistique à l’Université catholique de Louvain) et Françoise Mirguet (historienne, archiviste et directrice-adjointe du service des Archives de l’Université catholique de Louvain).

Archivistes de 2030, réflexions prospectives
L’Harmattan, collection « Academia », 2015, 427 p.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=45801

Le laboratoire de Gabriel Tarde

le-laboratoire-de-gabriel-tarde-sous-la-direction-de-louise-salmon

Après l’atelier de Louis Guilloux et celui de Marcel Mauss (voir post du 11/02/14) un livre vient d’être publié sur le « laboratoire » du sociologue Gabriel Tarde (1843-1904).

Atelier, laboratoire… Il s’agit dans les deux cas d’évoquer la matière documentaire excédant l’œuvre publiée d’un homme de sciences ou de lettres : ses archives, sa bibliothèque et ses collections documentaires (articles, tirés à part). L’intérêt de ce livre, qui est une publication conjointe des inventaires des archives et de la bibliothèque de Tarde, réside dans son objet même : présenter un sociologue français via sa production documentaire. Il appert que les archives des grands représentants de la sociologie française n’ont pas, jusqu’alors, suscité de monographies de ce type, regroupant instruments de recherche et analyse des archives. Peut-être est-ce dû à un manque de visibilité de ces fonds d’archives au sein du monde de la recherche en sciences humaines et sociales.

Concernant le fondateur de la sociologie au 19ème siècle, un ensemble documentaire existe à la Maison Auguste Comte (Paris), dénommé « fonds d’archives positivistes (manuscrits, correspondance entre disciples positivistes, documents personnels) » (voir le site Internet). Pour la sociologie de l’entre deux guerre, il n’existe semble-t-il pas de fonds de deux grands représentants que sont Émile Durkheim et Max Weber. Il existe cependant plusieurs fonds d’archives du sociologue Célestin Bouglé (à la BNF, à la BDIC et à la Bibliothèque Lettres et sciences humaines de l’ENS) et des fonds d’archives de Maurice Halbwachs et Roger Bastide à l’IMEC. En ce qui concerne les grands représentants de l’après-guerre, plusieurs fonds existent dont certains sont classés et accessibles aux chercheurs. C’est le cas du fonds Raymond Aron, conservé à la BNF, qui a été classé et dont l’instrument de recherche a fait l’objet d’une publication. Le service des archives de l’EHESS a collecté un nombre important de fonds de sociologues de l’après-guerre, dont certains ont créé et dirigé les premiers centres de recherche en sociologie (Georges Gurvitch, Alain Touraine, Raymond Boudon pour ne citer que les plus célèbres). Notons enfin que des archives du sociologue Michel Crozier se trouvent dans le fonds d’archives du Centre de sociologie des organisations (CNRS/Sciences Po), collecté par les archivistes du CNRS et conservé aux Archives Nationales.

Cette petite liste des archives des sociologues est loin d’être exhaustive. Elle témoigne de la diversité des lieux de conservation des fonds d’archives des sociologues et du manque de visibilité de ces fonds. Pour cette raison, nous saluons cette publication sur le laboratoire de Gabriel Tarde, qui pourrait servir d’exemple. Les archives et livres de Tarde se trouvaient originairement à La Roche Gageac (Dordogne), où, tel Montaigne à Bordeaux, le sociologue conservait sa documentation dans la tour d’un manoir familial. De nos jours, les archives et la bibliothèque ont quitté leur lieu de conservation originaire et sont séparés géographiquement : le fonds d’archives Tarde est conservé par le Centre d’histoire de Sciences Po (Paris) et la bibliothèque se trouve au Centre de ressources sur l’histoire des crimes et des peines (CRHCP) de l’École nationale d’administration pénitentiaire (Agen).

L’ouvrage est préfacé par le sociologue et philosophe Bruno Latour, qui résume en quelques pages l’intérêt suscité par les travaux de Gabriel Tarde pour les sociologues contemporains cherchant à dépasser le hiatus entre les deux grands courants de pensée qui ont divisé les sociologues depuis le début du 20ème siècle (holisme VS individualisme méthodologique). Bruno Latour explique en quoi Tarde a été novateur, s’inspirant notamment de la monadologie de Leibnitz, en pensant la sociologie en terme de relation et en évitant ainsi les concepts antinomiques d’individu et de société. De nos jours, les grands représentants du holisme méthodologique occupent le devant de la scène sociologique et le nom de Tarde demeure inconnu du grand public… « Il n’y a rien de nécessairement juste dans la manière expéditive dont l’histoire élimine ses penseurs » explique Bruno Latour, qui termine son avant-propos en émettant le vœu que l’accès aux manuscrits et à la bibliothèque de Gabriel Tarde « enrichira la connaissance de l’œuvre publiée et permettra de continuer de penser avec lui. »

L’ouvrage, coordonné par Louise Salmon, en plus de l’inventaire des archives et de la bibliothèque, présente l’historique du traitement des archives et propose une passionnante analyse de l’exploitation du fonds.

Le laboratoire de Gabriel Tarde, Des manuscrits et une bibliothèque pour les sciences sociales, sous la direction de Louise Salmon, CNRS éditions, 2014, 446 p.

Des ego-archives

Je publie ce soir mon compte-rendu de lecture du livre de Patrice Marcilloux,Les ego-archives, traces documentaires et recherche de soi, publié dans le Bulletin des bibliothèques de France (BBF, n°1, mars 2014).

____

L’objet de ce livre est d’analyser la place désormais prépondérante des archives non plus seulement dans la société de l’information mais dans la vie intime des individus qui composent la société civile. Il s’agit d’une enquête, menée par un archiviste paléographe et conservateur du patrimoine, maître de conférences en archivistique, d’un point de vue sémantique, sociétal et éthique.

Des archives à l’archive

Dans le chapitre introductif, « Présence et visibilités des archives : regard des autres et décalage de perceptions », Patrice Marcilloux analyse ce que recouvre la notion d’archives à l’aide des moyens modernes de la lexicologie. Il interroge les fréquences relative et absolue du mot « archives » dans quatre corpus lexicaux : A Frequency Dictionary of French, Corpus français de Leipzig, Lexique 3.55 et le Trésor de la langue française. Sa conclusion est que le terme « archives » appartient de nos jours au lexique général, « fonds commun à tous les locuteurs, dont l’usage n’est assujetti ni à un temps ni à un lieu  ni à niveau de langue » (p. 20). Le champ sémantique des archives, minutieusement décomposé, s’avère  riche et très diversifié, laissant libre court à la création et à l’imaginaire, comme en témoigne par exemple l’expression « archivistorique » choisie par les archives municipale de Béthune pour intituler leur bulletin d’information. Est en outre analysé le récent glissement orthographique du pluriel « archives » au singulier « archive ». Ce singulier, d’une grande variété de sens dans ses utilisations philosophiques et épistémologiques, s’avère être un outil métaphorique de premier ordre des intellectuels de la « French Theory » (Derrida, Foucault, Deleuze).

Utilités et demandes sociales

En 2014, les archives n’appartiennent plus seulement aux historiens et aux généalogistes ; elles  participent du quotidien du quidam, apprenti généalogiste ou simple curieux. Patrice Marcilloux explique notamment le passage récemment opéré de la généalogie à l’autobiographie. Au-delà de l’arbre généalogique de sa famille, l’individu en quête de ses origines se sert désormais des archives pour retracer sa propre histoire personnelle. Et, dans les cas de personnes ayant perdu leurs parents en bas-âge, à la recherche de leur passé « la quête des archives peut être un tuteur de résilience » (p. 84). Car cette quête des archives de soi a pour vocation d’agir sur la vie de l’individu, de l’aider à se construire. Ainsi qu’en témoignent plusieurs exemples de l’enquête, quelques traces laissées par des parents absents dans les archives d’une administration – lettres, fichiers, photographies – peuvent permettre à l’individu de se bâtir une histoire personnelle. Cette quête des origines implique en contrepartie une revendication accrue des individus pour la communication des documents les intéressant, notamment l’accès aux archives médicales.

Du fait de ces nouvelles utilités sociales, les archives ne distinguent plus comme par le passé des autres secteurs d’activités patrimoniales. Les conséquences de l’attention accrue des individus pour les archives sont les même que celles constatées pour les œuvres d’art et les livres… Comme les œuvres d’art, les archives acquièrent dorénavant une valeur marchande et sont sources de spéculation. Patrice Marcilloux donne l’exemple de la société Aristophil, propriétaire du Musée des lettres et des manuscrits (Paris), qui propose à ses actionnaires de faire des placements en achetant des lettres de Monet, Napoléon, Cézanne, Louis XIV ou Napoléon. Par ailleurs, comme les livres, de nombreux documents d’archives ayant été numérisés sont maintenant consultables en ligne (actes d’état civil, cadastres, etc.). Les sites des services des archives publiques, bien qu’ils fournissent de grands nombre de documents numérisés, sont concurrencés par les sites de sociétés privées spécialisées en généalogie.

Outre les documents familiaux, la question de l’accès aux données publiques se pose avec acuité de la part des cyber-citoyens, très informés de leurs droits et des devoirs de la société à leurs égards. Les adeptes de la réutilisation de données publiques se fédèrent au sein de groupement de plus en plus nombreux et variés, et militent pour un accès accru et simplifié aux données publiques, dans une perspective de droit à l’information. Patrice Marcilloux souligne par ailleurs l’omniprésence des  images d’archives dans les documentaires historiques diffusés à la télévision. Cette omniprésence implique une commercialisation desdites images et une politique de rentabilité commerciale de la part des sociétés les détenant.

De nouveaux champs d’investissement archivistiques

Le chapitre 3 de l’ouvrage ; « Demandes sociales : pour une archivistique de l’émergence », aborde deux champs récent d’investissement archivistiques : les archives des communautés et le archives de l’art. Les archives de communauté sont apparues assez tardivement en France si on compare la situation à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et aux Canada où des « community archives » existent depuis les années 1970. En France, elles sont au départ le fruit d’un travail de collecte et de conservation d’archives d’associations homosexuelles, telles que l’association « Archives, recherches et cultures lesbiennes » créées en 1983. Plus tardivement, des communautés se sentant spoliées par la mise en vente d’archives sur la colonisation en Afrique noire, ont revendiqué leur droit et « la prise en charge de la demande archivistique de nature communautaire par la sphère publique, si possible par les institutions archivistiques et patrimoniales normalement compétentes » (p. 143). Patrice Marcilloux souligne le fait que cette sollicitation communautaire des archives s’insère dans un contexte technique et sociétal qui le renforce : le déploiement des réseaux sociaux et du Web communautaire.

Dans le domaine de l’art, il convient de distinguer l’approche des archives par les artistes, de la gestion des archives artistiques (archives d’artistes, d’institutions et d’évènements artistiques). Dans la première perspective, il est dorénavant reconnu qu’un véritablement mouvement artistique est né de la confrontation d’artistes au « matériau archives » et au concept d’archive, qui a donné naissance à une tendance majeure de l’art contemporain international des années 2000. Dès 1972, Pierre Alechinsky réalisait un ensemble de dessins sur des documents notariés du XVIIe siècle et autres documents anciens. Mais c’est Christian Boltanski, dont il est beaucoup question dans le livre, qui figure comme un artiste majeur dans ce domaine. En ce qui concerne la gestion des archives de l’art comme substrat d’une activité artistique, Partice Marcilloux insiste en particulier sur la danse contemporaine. Ce domaine a en effet la particularité d’avoir été pendant longtemps opposé à toute démarche de mise en archives ; la patrimonialisation allant pour les praticiens de cet art à rebours de leur idée de la création. Néanmoins, un besoin nouveau, axé sur des idées de redéploiement des performances artistiques, a fait naître un intérêt inédit pour les archives dans ce domaine, intérêt qui n’est pas sans rappeler la démarche de réutilisation des archives dans le domaine de la recherche scientifique.

Emergence de l’ego-archiviste

L’enquête de Patrice Marcilloux aborde enfin la place et le rôle des archives dans les sociétés postcommunistes. Il souligne la particularité d’institutions créées spécifiquement pour le traitement et la conservation des archives issues des régimes non démocratiques, et la création de commissions dites « de vérité et réconciliation » dont le rôle est avant tout moral.

Dans ce domaine comme dans les autres domaines précédemment abordés, se pose la question de la signification de cet état de fait pour l’archiviste. Dans notre monde où les archives sont partout, et plus seulement dans les murs des institutions patrimoniales, quelle place reste-t-il à l’archiviste ? Selon Patrice Marcilloux il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de ce changement sociétal mais plutôt y voir la marque d’un renouveau paradigmatique digne d’un grand intérêt pour les archivistes et autres professionnels de la documentation. Adoptant un point de vue sociologique, il précise dans sa conclusion que « plus que jamais, les archives s’affirment comme un espace intermédiaire entre l’individu et la société » (p. 208). Cette individualisation du rapport aux archives est porteuse de sens, car il permet de dépasser le hiatus entre l’individu et la société. « Dans une société ou l’individu se définit davantage par les épreuves qu’il subit que par ses caractéristiques sociales, où le culte de soi peut conduire à l’insatisfaction existentielle et aux « pathologies de la modernité », les archives sont et seront des supports de restauration de l’estime de soi et de réparation des blessures narcissiques » (p. 209). Dans cette vision optimiste des archives contemporaines, le rôle des archivistes, comme guides et passeurs de leurs savoirs et compétences, acquiert un sens éthique et existentiel jusqu’alors ignoré ou sous-évalué.

Les ego-archives, traces documentaires et recherche de soi, Patrice Marcilloux, PUR, 2013, 250 p.