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Dans l’atelier de…

Depuis quelques temps je remarque la publication d’ouvrages sur des grandes figures intellectuelles dont le titre porte indirectement sur les archives. Parmi ces publications, deux livres publiés en 2012 ont plus particulièrement l’intérêt de mettre en valeur l’importance des archives pour comprendre le processus du travail intellectuel.

Le premier est un ouvrage collectif sur l’écrivain Louis Guilloux : L’atelier de Louis Guilloux (PUR, 2012).m_269-L-Atelier-de-Louis-Guilloux

Présentation de l’éditeur :

De La Maison du peuple à Coco perdu, Louis Guilloux n’a cessé de renouveler ses conceptions du roman. Pendant cinquante ans, il a été mêlé aux principaux débats de la vie littéraire et intellectuelle de son temps, mais le plus souvent en toute discrétion. L’ouverture récente de ses archives personnelles, déposées à la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc invite à relire son œuvre et à l’éclairer par des documents souvent inédits.

L’article d’Arnaud Flici, responsable des fonds patrimoniaux des Bibliothèques de Saint-Brieuc, est particulièrement intéressant. Il détaille le contenu du Fonds Louis Guilloux et propose des axes de recherche.

Pour plus d’informations :

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2820

La deuxième publication est un ouvrage de Jean-François Bert, intitulé L’atelier de Marcel Mauss (CNRS, 2012).

Mauss

Présentation de l’éditeur :

C’est Marcel Mauss au travail que nous présente Jean-François Bert, au terme d’une enquête fondée sur les archives de l’anthropologue : saisi sur le vif dans la rédaction de ses comptes rendus pour L’Année sociologique, ses lectures en bibliothèque, l’édition posthume de ses collègues comme Henri Hubert ou Robert Hertz, ou encore la mise en forme de son fichier. Autant de pratiques savantes mobilisées dans la production, la diffusion et la réception d’un savoir, celui des sciences sociales alors en constitution.

Le lecteur suit les traces des activités de l’anthropologue au croisement de la sociologie, de l’anthropologie et de la philologie. Les grandes étapes de sa vie, son travail quotidien à L’Année sociologique, ses candidatures au Collège de France, la rédaction de ses articles les plus importants ou ses rapports avec son oncle Émile Durkheim sont ici revisitées à partir d’une attention portée aux manières de faire, aux faits et gestes du savant, mais aussi aux rites et aux genres du savoir de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

L’atelier de Marcel Mauss nous fait découvrir l’image d’un chercheur plus contrastée que celle donnée par les biographies classiques. Un atelier, surtout, qui permet de mieux comprendre l’apport de l’anthropologue à une science en devenir.

Plus d’informations :

http://www.cnrseditions.fr/Sociologie–Ethnologie–Anthropologie/6652-l-atelier-de-marcel-mauss-jean-francois-bert.html

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De retour après la bataille

J’émerge à peine du déménagement de l’École des hautes études en sciences sociales après une longue absence sur ce blog…

Pour signaler tout d’abord un dossier  réalisé dans la dernière Lettre de l’EHESS avec l’équipe des archivistes qui ont participé à l’opération. Un dossier original, qui plutôt que d’énoncer des chiffres et des bilans en mètres linéaires, évoque avec poésie le passionnant métier d’archiviste, ses joies, ses peines et la grande curiosité qui caractérise les archivistes. Je signe pour ma part une petite réflexion sur « la sagesse de l’archiviste »… L’ensemble est lisible ici :

Lettre de l’EHESS, n°38, janvier 2011

Et pour suivre mois après mois ce que fut la gestion des archives de l’EHESS au cours de la préparation de son déménagement, il est intéressant de lire la rubrique tenue par la responsable du service des archives, Brigitte Mazon, dans la Lettre de l’EHESS :

Chroniques du déménagement

Concernant le traitement de fonds d’archives, je suis content d’annoncer la mise en ligne de l’inventaire électronique d’une partie des archives du Fonds Ricoeur. Le Fonds Ricoeur est un ensemble documentaire qui regroupe la bibliothèque de travail personnelle du philosophe, ses archives ainsi que l’ensemble de son œuvre et des commentaires que cette dernière a suscités. Elle est abritée par la Faculté libre de théologie protestante de Paris, où Ricoeur avait donné des cours de philosophie de l’automne 1958 au printemps 1969. J’ai eu le privilège de coordonner le classement et la réalisation de l’instrument de recherche relatif aux cours, séminaires, notes de lectures et interventions du philosophe, sur une période allant de 1930 à 2005. Ce travail a été dirigé par Catherine Goldenstein, chargée de la conservation du Fonds Ricoeur et Noémie Marignier. Ce premier sous-fonds, d’une grande richesse, sera ensuite complété par les sous-fonds des œuvres et de la correspondance du philosophe. Notons par ailleurs la mise en ligne, par Catherine Goldenstein, d’un texte inédit et passionnant de Paul Ricoeur sur « Archives et création ».

http://fondsricoeur.anaphore.org/ead.html?id=FRAFPR_001

Dans le domaine des archives des sciences humaines et sociales, je signale la création d’un « carnet de recherche » (blog collectif de la plateforme Hypothèse du CLEO) ArchiSHS, qui a pour objectif de présenter, diffuser et discuter des réflexions et travaux du Réseau thématique pluridisciplinaire portant sur les archives des sciences humaines et sociales produites par les entités du CNRS. Bertrand Müller coordonne ce RTP auquele je participe. Voici sa présentation : « Il s’agit de faire émerger une réflexion prenant en compte la singularité des archives scientifiques produites par les SHS. En particulier de prendre en compte l’archive dans ses dimensions scientifique (données,preuves), juridique (publique, privée), archivistique (documentaire, matérielle), historique (mémorielle, patrimoniale) ».

Le carnet de recherche ArchiSHS (Hypothèse)

Toujours dans le champ des archives des sciences humaines et sociales, signalons la dernière Lettre de l’IMEC, qui contient un important dossier coordonné par François Bordes sur les fonds d’archives de sciences humaines et sociales conservés à l’Abbaye d’Ardenne. Outre un entretien avec Philippe Artière, ce numéro présente la liste des fonds d’archives des chercheurs en SHS, philosophes et érudits conservés à l’IMEC.

Lettre de l’IMEC (n°12, automne 2010)

Dans le domaine des archives des universités, grandes écoles et organismes de recherche, un guide de l’AMUE (Agence de mutualisation des universités et établissement) vient de paraître, coordonné par le réseau AURORE (archivistes de universités, rectorats et organismes de recherche) et le CINES (Centre informatique nationale de l’enseignement supérieur). Ce guide méthodologique propose un ensemble de fiches sur la gestion des archives au sein d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche. Il est évolutif et a pour principale finalité d’apporter aux directions des établissements dépourvus d’un service archives les éléments indispensables à la conduite d’une réflexion menant à la mise en place d’une démarche cohérente de gestion des archives.

Guide AMUE « Gestion des archives au sein d’un établissement supérieur »

Pour ce qui est de la bonne vieille édition papier, deux livres ont retenu mon attention récemment au sujet des archives. Tout d’abord un ouvrage de Claude Huc, ancien animateur du groupe PIN (Pérennisation des Informations Numériques), au sujet de la conservation des archives électroniques. Encore un des ces ouvrages qui concernent uniquement les organismes et institutions de pointe ?!? Eh bien non, ce n’est pas du tout ça. Car Claude Huc s’adresse ici au particulier, au quidam qui ne s’intéresse pas à toutes ces questions mais qui s’y trouve de fait confronté au quotidien… Le titre de ce livre est très explicite : Préserver son patrimoine numérique – Classer et archiver ses e-mails, photos, vidéos, documents administratifs (Eyrolles, 324 p.).

Voici sa présentation :

« Votre patrimoine numérique est en danger : adoptez les bonnes pratiques et méthodes pour classer tous vos documents et les conserver à moyen ou long terme. Identifiez les périls qui guettent vos fichiers : changements de format et d’encodage, dégradation du support de stockage, virus… Distinguez les documents de travail de ceux, à conserver durablement. Organisez votre patrimoine numérique avec un arbre de référence. Préservez vos courriels à partir d’un webmail ou d’un client de messagerie. Choisissez votre stratégie de stockage et les supports appropriés à vos besoins. Constituez et sécurisez votre patrimoine numérique. Mettez à jour votre patrimoine selon sa croissance. Procédez à des vérifications régulières et renouvelez vos supports. Sauvegardez votre site web, blog, vidéos en ligne… ainsi que vos données présentes sur les réseaux sociaux. »

Un ouvrage semble-t-il indispensable. Et pour changer de style tout en restant dans le registre des archives – disons pour le chevet – je signale un petit ouvrage divertissant et interpellant de Maurice Olender : Matériau du rêve (IMEC, coll « Le Lieu de l’archive », supplément à la Lettre de l’IMEC).

Des fonds et documents en ligne de personnalités littéraires et scientifiques

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Un peu de veille, concernant la mise en ligne d’inventaires de fonds et de documents de personnalités littéraires et scientifiques d’institutions françaises et étrangères…

Tout d’abord, les grandes institutions françaises. Et pour commencer la BNF, qui a mis en ligne son catalogue « Archives et manuscrits », soit une partie des inventaires des manuscrits et des fonds d’archives conservés au département des Manuscrits, au département des Arts du spectacle (site Richelieu) et des manuscrits conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal. Cette mise en ligne est réalisée avec l’outil Pleade.

Du côté des Archives Nationales c’est la base BORA (archives privées) qui fait peau neuve, pour le plus grand plaisir des chercheurs. La navigation se fait par une recherche en plein texte ou via des cartes permettant d’effectuer des recherches dans des aires géographiques métropolitaines ou des départements et territoires d’outre mer. Vous constaterez qu’au niveau des DOM-TOM, seule la Nouvelle-Calédonie est représentée, avec notamment les archives du Missionnaire ethnologue Maurice Leenhardt (que j’ai eu la chance de voir en cours de classement il y a quelques années lors d’un stage aux archives de la Nouvelle-Calédonie). Et puisque mes collègues sont à l’origine du classement de ce fonds, je signale en passant la notice du fonds Robert Mandrou, célèbre historien de l’Ecole des Annales.

Dans le domaine des archives littéraires, la Bibliothèque Jacques Doucet offre depuis peu une très belle vitrine des fonds d’archives abrités dans ses murs. La description des fonds est souvent illustrée de portraits et signatures et parfois de documents numérisés. C’est le cas, par exemple, pour le fonds Charles Baudelaire illustré par des dessins du poète (qui en plus d’être un critique d’art était un artiste).

Toujours dans le domaine de la littérature, le service des archives de l’Université de Montréal a réalisé une exposition virtuelle à partir du fonds Louis Hémon qui vaut le détour. Louis Hémon est célèbre pour son roman Maria-Chapdelaine qui a été traduit dans de nombreuses langues, mais il est demeuré un personnage énigmatique et peu connu de son vivant.

Enfin, signalons un superbe site consacré à la numérisation du fonds d’archives du mathématicien et physiciens Ampère, conservé aux archives de l’Académie des sciences (projet réalisé par le Centre de recherche en histoire des sciences et des techniques CAK/CRHST). Avec Ampère la science rejoint la littérature, car ce site nous apprend que ce dernier était aussi un poète romantique

Illustrations :

Charles Baudelaire par Etienne Carjat.

Louis Hémon en 1911, à l’âge de 31 ans fumant sa pipe (Service des archives de l’Université de Montréal, cote P0109/F1,0023)

Maurice Leenhardt en 1953 (photo en provenance du site Rosada)

Chercheurs, vos papiers !

Une série de journées d’étude à destination des chercheurs en SHS est organisée à la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (MMSH, Aix) au sujet de l’organisation, la diffusion, l’archivage et la valorisation des sources qu’ils produisent. La première, qui aura lieu le 26 novembre prochain, a pour thématique les projets d’édition électronique de sources.

Voici le texte de présentation de cette journée :

Au cours de leur vie professionnelle, les chercheurs rassemblent et exploitent des sources de natures diverses et produisent leurs propres archives : tous ces papiers s’accumulent – -et parfois se perdent – sans que leur exploitation puisse toujours être complète ni partagée de façon pérenne avec la communauté scientifique. Le programme inter MSH « Archives de terrain en Sciences humaines et sociales » souhaite proposer régulièrement aux chercheurs, enseignants-chercheurs et doctorants des journées de formation pour les aider à traiter et valoriser ces « papiers » quels qu’ils soient : textes, images ou sons. Ces journées ont également pour but de faire connaître les plateformes techniques ainsi que les initiatives nationales et internationales ou les outils génériques susceptibles d’être utilisées par la communauté scientifique. Elles voudraient accompagner l’acquisition de nouvelles compétences pour pouvoir dialoguer avec les spécialistes de l’édition électronique, de la diffusion et de l’archivage de sources car de plus en plus, la mise en place de projets ou de programmes, demandent une technicité accrue en gestion documentaire, informatique et administrative. L’objectif est donc de s’approprier les outils pertinents, d’appréhender une chaîne de traitement des documents, de connaître les standards de la communauté scientifique internationale, afin d’apprendre à partager ses savoirs et à bénéficier de ceux des autres.

Journée organisée par Véronique Ginouvès (USR 3125), Blandine Nouvel (CCJ) et François Siino (IREMAM).

Le détail des interventions et autres informations sur Calenda : http://calenda.revues.org/nouvelle14282.html

Présentation de la journée (avec le clin d’œil à Léo Ferré) sur le site de la Phonothèque de la MMSH : http://phonotheque.hypotheses.org/1617

Photo : Fonds Jacques Bertin, EHESS (reproduction interdite)