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Un projet intéressant en digital humanities

J’ai pris récemment connaissance d’un projet fort intéressant en digital humanities, orchestré par le Laboratoire Ex situ (études littéraires et technologies), de l’université Laval au Québec. Rattaché au CRILCQ, Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises et à la Chaire de recherche du Canada en littérature contemporaine, ce laboratoire est placé sous la direction de René Audet, professeur au Département des littératures. Ce laboratoire assure la mise en place et la réalisation du projet DÉCALCQ (Dépôt électronique et vitrine de consultation des archives en littérature et culture québécoises). Ce projet vise à la conservation et à la mise en valeur des archives scientifiques du CRILCQ dans ses composantes U.Laval, U. de Montréal et UQAM. Le Laboratoire expérimentera également différentes modalités technologiques permettant de faciliter la collaboration entre chercheurs, équipes de recherche, auxiliaires de recherche qui ne se trouvent pas réunis en un même lieu géographique. Ce sera un incubateur de projets assistés par les technologies informatiques : wikis, banques de données en ligne, outils de workflow pour des projets, édition en ligne et collaborative de documents / articles / travaux, bibliographies personnalisées…

Plus de détails sur les composantes de ce projet :

http://www.crilcq.org/recherche/poetique_esthetique/laboratoire_ex_situ.asp

En France, il semblerait que la plateforme Persée traverse des difficultés, et que son avenir soit menacé. Ce portail a pour vocation de mettre en ligne, une fois numérisées, des revues de sciences humaines et sociales. Quelques informations concernant Persée, cela représente :

  • 108 revues présentes sur le portail
  • 51 revues en cours de traitement pour diffusion prochaine
  • 354 663 documents diffusés
  • 137 685 articles scientifiques en texte intégral
  • 14 007 versions sonores d’articles
  • 131 536 articles disposant d’un DOI

Une pétition est en ligne, à l’adresse suivante :

http://www.lapetition.be/en-ligne/Persee-en-peril-9491.html

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2010 : la sortie du « digital dark age » ?

En 2001, lors du colloque organisé par le master d’archivistique d’Angers sur la recherche en archivistique, Marie-Anne Chabin disait ceci :

« Pour terminer, je voudrais nous projeter dans l’avenir, disons en 2010, au moment de la rentrée universitaire. Nous sommes conviés à une réunion de présentation des sujets de thèses des doctorants du département archivistique. J’ai la liste des sujets sous les yeux, permettez-moi de vous la communiquer :

– la diplomatique contemporaine et la signature électronique ;

– les relations entre archivistes et historiens au xixe et au xxe siècle ;

– structure d’archives et format de fichier ;

– les effets rétroactifs de la loi et des contrats sur les archives ;

– les relations entre le records management et l’archivistique classique ;

– l’archivistique face à la philosophie, la sociologie et la problématique historique ;

– conséquences de la centralisation de l’archivage électronique sur le métier d’archiviste ;

– l’impact des évolutions politiques et économiques sur les archives, exemple : les archives des groupes issus d’une fusion ;

– tri et recherche historique : objectivité ou subjectivité liée à un public ? ;

– la genèse des textes réglementaires fondateurs affectant les archives ;

– la relation client/fournisseur dans le traitement des archives ;

– les archives « orphelines » : problématique et méthodes spécifiques ;

– mode de production et de circulation de l’information dans l’entreprise : interaction avec les besoins de pérennisation. »

Et elle terminait par ce constat : « Mais quand on y songe, 2010 n’est pas si loin… »

Et maintenant,  à la veille de cette fameuse rentrée de 2010, que peut-on dire des sujets projetés par Marie-Anne Chabin ? Fiction ou prophétisme ?

De cet ensemble hétéroclite de problématiques, deux principaux domaines semblent avoir émergés en archivistique : l’archivage électronique et les digital humanities. Des deux côtés de la chaîne archivistique, des besoins et des compétences ont émergés, ainsi qu’une redéfinition des pratiques professionnelles liées au « tout numérique ».

La problématique de l’archivage électronique se place au début de la chaîne archivistique, du côté de la création des documents numériques. Car avec le « tout numérique » le records management n’est plus seulement un concept à la mode américaine, mais une nécessité méthodologique. La prise en charge des documents à leur stade de « records » est devenue nécessaire pour les organismes mettant en place des systèmes d’archivage électronique, comme la BNF par exemple.

« Digital humanities » est l’expression anglo-saxonne qui, faute de mieux, désigne les « humanités numériques » c’est-à-dire tout ce qui touche à l’autre extrémité de la chaîne archivistique : mise en ligne d’archives numérisées, encodage de manuscrits anciens en TEI, expositions virtuelles… Cette discipline, à la croisée des métiers de l’ingénierie en informatique documentaire, de la recherche scientifique (SHS, l’histoire des sciences, etc.) et de l’archivistique est en pleine expansion et a une bel avenir.

Côté services d’archives, imaginons la création de services d’archives en ligne, collectant et communicant des documents nativement numériques suivant une procédure complètement numérique… Et voici que je me mets à rêver que 2010 sera synonyme d’un premier pas en dehors du « digital dark age » dans lequel nous baignons, nous autres archivistes formés à la fin des 90’s…

Des fonds et documents en ligne de personnalités littéraires et scientifiques

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Un peu de veille, concernant la mise en ligne d’inventaires de fonds et de documents de personnalités littéraires et scientifiques d’institutions françaises et étrangères…

Tout d’abord, les grandes institutions françaises. Et pour commencer la BNF, qui a mis en ligne son catalogue « Archives et manuscrits », soit une partie des inventaires des manuscrits et des fonds d’archives conservés au département des Manuscrits, au département des Arts du spectacle (site Richelieu) et des manuscrits conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal. Cette mise en ligne est réalisée avec l’outil Pleade.

Du côté des Archives Nationales c’est la base BORA (archives privées) qui fait peau neuve, pour le plus grand plaisir des chercheurs. La navigation se fait par une recherche en plein texte ou via des cartes permettant d’effectuer des recherches dans des aires géographiques métropolitaines ou des départements et territoires d’outre mer. Vous constaterez qu’au niveau des DOM-TOM, seule la Nouvelle-Calédonie est représentée, avec notamment les archives du Missionnaire ethnologue Maurice Leenhardt (que j’ai eu la chance de voir en cours de classement il y a quelques années lors d’un stage aux archives de la Nouvelle-Calédonie). Et puisque mes collègues sont à l’origine du classement de ce fonds, je signale en passant la notice du fonds Robert Mandrou, célèbre historien de l’Ecole des Annales.

Dans le domaine des archives littéraires, la Bibliothèque Jacques Doucet offre depuis peu une très belle vitrine des fonds d’archives abrités dans ses murs. La description des fonds est souvent illustrée de portraits et signatures et parfois de documents numérisés. C’est le cas, par exemple, pour le fonds Charles Baudelaire illustré par des dessins du poète (qui en plus d’être un critique d’art était un artiste).

Toujours dans le domaine de la littérature, le service des archives de l’Université de Montréal a réalisé une exposition virtuelle à partir du fonds Louis Hémon qui vaut le détour. Louis Hémon est célèbre pour son roman Maria-Chapdelaine qui a été traduit dans de nombreuses langues, mais il est demeuré un personnage énigmatique et peu connu de son vivant.

Enfin, signalons un superbe site consacré à la numérisation du fonds d’archives du mathématicien et physiciens Ampère, conservé aux archives de l’Académie des sciences (projet réalisé par le Centre de recherche en histoire des sciences et des techniques CAK/CRHST). Avec Ampère la science rejoint la littérature, car ce site nous apprend que ce dernier était aussi un poète romantique

Illustrations :

Charles Baudelaire par Etienne Carjat.

Louis Hémon en 1911, à l’âge de 31 ans fumant sa pipe (Service des archives de l’Université de Montréal, cote P0109/F1,0023)

Maurice Leenhardt en 1953 (photo en provenance du site Rosada)